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mercredi 2 janvier 2019

Le vélo a sauvé ma vie - Chapitre 7

Si vous n'avez pas lu les premiers chapitre, suivre ce lien

Chapitre 7
Pas facile la vie amoureuse d'un cycliste

Courir pendant ces 5 ans a été vraiment un moment de bonheur. Ah, il y avait bien ma mère, des amis, certains collègues de travail et surtout les filles que je fréquentais, bien disons avec qui je flirtais, qui ne comprenaient absolument rien à cet engouement que j’avais pour le vélo. Plusieurs d’entre elles ne me laissaient même pas l’occasion de me faire valoir. Et même si je pouvais lui sortir l’une de mes meilleures performances, vous savez ce que je veux dire, bien elles ne m’accordaient qu’une couple de semaines de courtisanerie, et ce n’était pas long que j’obtenais mon t4, mon bleu si vous voulez.
«  Dis-moi Robert, veux-tu venir souper à soir? »
« As-tu quelque chose ce soir mon chou?
 « Qu’est-ce que tu fais ce soir? »
« Veux-tu sortir, aller voir un film ? »
« Bien, je ne fais rien de spécial ma chérie, je pourrais arriver pour souper vers 19h30. Bien, je pourrais arriver ou passer te prendre vers 19h30. 
Ma réponse était souvent la même…..
« Je pourrais y être vers 19h30 » après mes entrainements bien sûr, comme vous vous en doutez.
Après la séparation de la mère de Viviane, ma fille, mes aventures amoureuses n’ont jamais été très concluantes. Il ne m’était même jamais passé l’idée par la tête de déménager mes pénates avec l’une d’entre elles. Cela n’avait jamais été assez sérieux. Contrairement à beaucoup de mes amis, je veux dire tous ceux qui ne faisaient pas de vélo comme moi, ou à des amies de fille qui gravitaient autour de moi, donc contrairement à eux, je ne faisais pas de fixation sur la nécessité d’avoir une blonde. Pour plusieurs d’entre eux, être célibataire depuis un certain temps était vu comme un échec, comme la preuve qu’ils n’en valaient pas la peine. Le rejet total. Fiou! Combien de fois ai-je rencontré des amis de même, qui en faisaient quasiment une dépression ou qui acceptaient finalement de fréquenter un peu n’importe qui pour ne pas être seul.

Souvent autour d’une bière, l’air complètement débiné…
« Ah Robert, ce n’est pas la fille ou le gars parfait, mais bon, tant qu’à être seul ou de m’ennuyer pour mourir, bien… je l’endure. » Pas drôle n’est-ce pas ?
Bien ! Voulez-vous que je sois honnête avec vous, que je vous dise la vérité? Bien moi, il m’est arrivé très souvent d’avoir ces idées par rapport à une relation que je pouvais avoir avec une fille, mais ce n’était pas pour les mêmes raisons que mes amis. Non pas parce qu’elle n’était pas l’idéal de femme que j’attendais depuis 10 ans. Non ! Parce qu’inconsciemment, cela faisait mon affaire, c’était juste en attendant. Moi aussi, plutôt que d’être seul, je faisais un petit effort, mais pour en attendant que ma saison de vélo recommence. Ou plutôt, en attendant devrais-je dire qu’elles me remercient de mes loyaux services avant que ma saison de vélo ne recommence. C’était inévitable. Même chez quelques-unes auxquelles je tenais beaucoup, en faisant tout en mon possible pour lui faire plaisir, cela ne marchait pas. Que voulez-vous que je fasse? Je n’étais tout de même pas pour mettre de côté mon vélo pour une blonde quand même. On appelle cela comment ils disent, « de la dépendance affective ». Non! Ce n’est pas moi cela! Écoutez, le vélo a sauvé ma vie. C’est le vélo qui m’a permis de performer au travail, de renaître des morts, je n’étais pas loin vous savez, c’est donc avec lui que l’amour surgira ou je mourrai seul.

Voyez-vous, le matin après le petit déj, je partais travailler en vitesse très tôt pour être capable de revenir chez moi au plus tard à 5 heures en fin d’après-midi pour mon entrainement. J’ai toujours été capable de gérer cela avec mes boss. À 7h 30 très tôt le matin quand c’est calme, je suis au bureau à faire mes suivis, à remplir mes commandes, à rédiger mes comptes rendus de rapport. J’ai toujours atteint mes objectifs et aucun de mes boss ne m’a fait chier pour mes horaires stricts de fins de journées. Même que certains voyaient cela d’un bon œil. J’étais super allumé, vite en affaires comme sur mon en vélo et tout était sur leur bureau à 9h quand eux rentraient de leurs horaires de petites familles bien rangés. Ils disaient parfois à mes collègues…
« Pourquoi ne rentrez-vous pas au bureau le matin tôt comme Robert? »
« Bien, parce que voyez-vous boss, parce que nous, à 18h on est encore là alors qu’Harmegnies a câlicé son camp depuis longtemps pour faire de la bicyclette »
Ils me faisaient chier les gars quand ils disaient cela de même, «  de la bicyclette ». Parfois, ils disaient même « faire de la pédale » parce qu’ils aiment m’écœurer pour le fun.  
« Harmegnies y est une pédale  stestie de fifi-là, il est libre comme l’air, il n’a pas de comptes à rendre à personne, il ne s’est pas mis la corde au cou lui, puis s’il est en manque, il n’a qu’à s’envoyer en l’air avec la première qu’il voit ou se branler ! »
Voilà! Bingo ! Vous voyez comme c’est simple? À les écouter parler, c’est moi qui faisais la belle vie !

J’arrivais à la maison à 5h et demie, mon bike déjà fine tuné, huilé de la veille, il ne me reste qu’à gonfler mes pneus. Mon cuissard et maillot sont déjà sur mon lit. Il ne me reste qu’à les enfiler. Mes bouteilles dans le frigo, je me ramasse une banane et une couple de figues et me voilà parti. Pendant les 14 ans que je suis demeuré dans le vieux port, et encore aujourd’hui même avec ma blonde, j’emprunte le premier boulevard qui me sort de la ville et me voilà parti pour une couple d’heures minimum. Le vide complet dans ma tête. Je roule et mon esprit vagabonde entre une accélération, un intervalle long ou court, sur la fréquence de mon coup de pédale, ma position sur mon vélo en recherche d’aérodynamisme, ou encore sur le type d’entrainement que je devrais faire ce soir dépendamment d’où j’en suis dans ma saison. Soit que j’en suis au début, alors je dois travailler mon cardio, ma récupération, ou en milieu de saison lorsque la forme est au rendez-vous, c'est-à-dire à la mi-juin. Vous savez, à raison d’une à 2 courses provinciales les fins de semaine, ma compétition régionale tous les mardis, mon horaire n’était pas trop compliqué. Le lundi, je faisais une récupération active sur moyenne distance, parce que le mardi en course j’en faisais une courte à forte intensité. Je n’étais quand même pour me mettre à terre avant ma régionale ! Pas besoin de vous dire, que pour moi, la régionale du mardi équivalait à mon entrainement par intervalles. 40 kilos en critérium sur un petit circuit à constamment relancer, bien… il était fait mon entrainement avec intensité. Les mercredis et jeudis, je faisais des sorties plus longues (75 kilos) et le vendredi je moulinais en récup de nouveau pour être prêt à exploser le samedi. Vous voyez l’affaire? Comment voulez-vous que j’aie le temps de m’occuper d’une fille avec de tels horaires? Les premiers enlacements, les premiers jours c’est super, une couple de semaines à faire des efforts pour ne pas la décevoir, ça va encore. Vous savez les filles ne sont pas tellement différentes de nous autres là-dessus. Quand cela fait une couple de mois qu’elle est dans le besoin, elle est bien heureuse d’avoir son colleux tous les soirs, mais lorsqu’elle commence à se demander quels seront vos projets d’avenir ensemble, qu’elle prend conscience que tu parles au téléphone aussi souvent avec tes potes de vélo qu’avec elle, qu’elle m’entend discuter de nos tirages au sort pour savoir si je coucherai avec Alain ou Gaétan en fin de semaine prochaine, et bien là mon homme, c’est le début de la fin…
« Vois-tu Robert, je pense qu’on va se laisser »
Et là je ne vous parle pas des fins de semaine que j’avais la garde de Viviane, ma grande fille. C’est certain qu’elle venait en premier et que j’agençais mes horaires de vélo en fonction d’elle.

Alors ma blonde venait au troisième rang. Donc encore là, si ma blonde n’avait pas eu d’enfants, j’étais faite ! Elle n’y comprenait absolument rien et devenait immédiatement jalouse de ma fille à en faire des crises. Et si elle en avait déjà eu, et bien malgré cela, elle avait de la misère à comprendre que j’en suis aussi dédié. Ce qu’elles ne savaient pas, c’est que j’étais un homme rose issue du féminisme extrémiste des années 70-80 marqué au fer rouge et qu’il fallait que l’homme moderne sache s’occuper de sa marmaille. Sa mère n’avait pas marqué l’histoire du Québec pour rien avec sa recherche sur les rôles hommes/femmes dans les livres scolaires, que c’était les « Yvettes » qui s’occupaient de faire un gâteau pendant que papa lavait l’auto. Et comme les hommes de mon époque n’étaient pas du genre très maternel comme moi, ils étaient encore très nombreux à mettre leur blonde au premier plan devant leur fille, c’est le cas de le dire, bin, ça fait que…

« Vois-tu Robert, je pense qu’on va se laisser. Quand tu auras fini de coucher avec ton beucycle ou d’élever ta fille, tu me rappelleras ».

Le seul moment bien honnêtement, que je pouvais m’en tirer un peu et avoir une relation affective un peu stable était à partir du mois d’octobre jusqu’à la mi-fin mars. Comprenez-vous, à partir de fin mars, c’était les rondes téléphoniques des potes du club qui redémarraient en prévision des premières sorties printanières. Donc, le premier samedi d’avril, un matin de fin de semaine moche que ta blonde souhaite se prélasser au lit avec son chum, moi, bien fallait que je me lève à 6h 30 du matin pour pouvoir avoir fini de déjeuner à 7h, pour avoir le temps de digérer correctement avant mon premier coup de pédale à 9h qui, par-dessus le marché, était souvent à 1 heure de l’appart de chez ma blonde. Ehhhh! J’amenais tout mon stock de vélo chez ma blonde pour pouvoir dormir avec elle, non mais ce n’est-tu pas cute cela? Pour que nous puissions avoir une belle soirée sans que j’aie à la laisser par un bisou sur le perron de porte à 22h, même si c’est l’heure que je souhaitais me coucher pareil en restant chez elle! Non ! Ce n’est pas assez Robert. Moi Robert je veux être dans ton top of mine et je ne le ressens pas…. 
« Vois-tu Robert, je pense qu’on va se laisser » Ciboirrrrrrrrrrrr!!!
Alors voyez-vous, aujourd’hui j’ai quoi? 63 ans bien sonnés. Cela fait 5 ans que je suis avec ma blonde, j’en ai connu une qui a réussi à me toffer, quoi 3 ans? Pas mal n’est-ce pas? Donc, faisons un petit calcul rapide; 63-5 (ma blonde) - 3 pour la plus coriace que j’ai connue excluant ma blonde bien sûr - 30 l’âge de ma séparation = 25 ans pour faire un chiffre rond x 1 à 2 blondes par hiver parce rarement la même pouvait m’endurer tout un hiver, j’ai dû avoir, ma foi certainement plus de 25 blondes différentes ! Et dire que j’ai des amis qui se demandent encore comment se fait-il que je sois si habile en psychologie du comportement, dans les relations de couple? Bien voilà ! Vous savez maintenant pourquoi. Non, mais pensez-y une seconde. Aucune n’a été pareille! Aucune n’aimait les mêmes affaires, n’avait le même tempérament, la même personnalité. 

Mon coéquipier Alain était un gars encore plus maniaque que moi à l’entrainement. Il n’était pas le meilleur pour rien. Ses entraînements au gym se déroulaient sur 3 heures minimum alors que les miens en 1h et demie, tout était terminé. Une chance qu’il était là pour me pousser dans le cul. Non non, vous avez mal compris, pour me motiver je veux dire!!

Pendant des années, plusieurs années même, pendant pas mal plus longtemps que le temps que nous avons couru ensemble, on s’appelait régulièrement pour savoir comment allaient nos entraînements? Pis toé? T'es rendu où? Ouin, moi je suis encore là, etc., etc. On se donnait rendez-vous une fois par mois pour un entrainement ensemble un samedi ou dimanche dans le Gym de l’autre. On variait. Le mien sur la rive Nord et lui à Saint-Romuald sur la Rive-Sud. Nous nous donnions un peu en spectacle à suer à grosses gouttes sur nos vélos stationnaires. À une époque où personne ne s’entrainait vraiment aussi longtemps sur un vélo stationnaire. On était, disons pour eux, des Esties de sans-génie. Après une bonne douche ou sauna, on allait prendre un bon déjeuner à une place achalandée, question de zyeuter les filles un peu, puis après on s’en allait feuilleter à la librairie tous les magazines de vélo qui pouvaient exister pour décider lequel on allait acheter.

Nous ne connaissions aucun autre mode de vie que cela pour nous faire passer le temps durant l’hiver avant nos camps d’entrainement printaniers prévus à la fin mars. Fallait bien, les courses débutaient la dernière d’avril. Les bike sur le top de la Volks et on se dirigeait vers le sud de la Virginie ou en Caroline du Sud à Myrtle Beach pour être sûr d’avoir de la chaleur. On descendait toujours au même motel. La plage était belle et les routes au travers les golfs et les anciennes plantations étaient superbes.

Mon camp le plus mémorable sera celui de ma troisième année (1992). Les championnats canadiens cette année-là se dérouleront à Lac-Mégantic en août et je me fracture sévèrement une jambe en ski alpin. Tibia et péroné cassés en miettes, deux plaques 12 vis le 4 janvier au Centre de ski Stoneham!! J’en pleurais, ce n’est pas compliqué. Je vais tout manquer ma saison me suis-je dit. L’orthopédiste me conseille d’oublier le vélo pour l’année prochaine. Il se pourrait même qu’il me signe une incapacité de 10 % à la jambe droite si besoin était. Jean Garon, mon coach, était venu me consoler avec une couple de Penthouses et m’avait dit.
« Tu sais BOB, les médecins, y connaissent rien dans la réhabilitation des gars comme nous. Moi, je me suis cassé à peu près n’importe quoi, jambe, épaule, clavicule et je suis toujours revenu plus fort et plus tôt plusieurs semaines avant le temps prévu. Regarde ces magazines cochons, branle-toi aussi souvent que tu peux, cela fait baisser la pression, pis tu vas voir, tu sauras me le dire ».
Mon Dieu qu’il m’avait donné de l’espoir. Est-ce vraiment possible que je me remette si vite d’une telle blessure? Le médecin m’a dit que je serai dans le plâtre jusqu’à la fin avril…comment pourrai-je repartir en neuf après cela? C’est ridicule…

À la sortie de l’hôpital un peu plus tard, j’avais demandé à mon doc de me faire une bottine en fibre de verre pour mieux me déplacer. Je ne pouvais plus conduire mon char, alors je prenais l’autobus de chez moi pour aller au Gym. Je faisais de la muscu d’une jambe et je faisais du stationnaire pareil avec ma bottine. À vrai dire, je ne trouvais pas que j’étais si en retard que cela à la différence, que j’avais certainement une jambe atrophiée, diminuée musculairement à cause de ma bottine. À la mi-mars, 1 mois avant le délai du doc, Alain m’appelle un soir et me dit
« Eh Bob tu viens-tu en Caroline? » 
«Bin voyons Alain, es-tu malade!! »
« Bin non Robert, je te dis moi que tu es guéri, fais-toi scier ce plâtre-là et tu commenceras lentement. Tu iras de ton bord, tu moulineras en souplesse. Ça va même être bon pour toi, je te le jure. Faut bien que tu commences à un moment donné? Tu te souviens de ce que Jean t’a dit? C’est le temps d’arrêter de te branler. Envoye!! Déniaise, demande un RENDEZ-VOUS avec ton doc ! »
Je me rappellerai toujours de la face qu’il m’avait faite.
«Quoi!! Monsieur Harmegnies, vous savez bien que vous n’êtes pas prêt ! Je vais prendre une radio pour voir, mais je suis certain… Et bien Robert, ce n’est pas si mal votre affaire »
«Bon ! Alors voyez-vous? Je vous l’avais bien dit hein docteur! »
« Écoutez ne commencer que très lentement. Vous pourriez vous recasser tout cela dans un trou de visse, on ne sait jamais. »
« Ne vous en faites pas docteur, cela fait déjà des semaines que je m’entraîne »

Évidemment, il n’était pas question que je marche là-dessus immédiatement. Je n’avais plus de masse musculaire dans le mollet, j’avais la jambe bleue, rouge vin, et les cicatrices et les os me faisaient mal. Je me suis loué une paire de béquilles et je me suis pris une couple de rendez-vous chez mon acupunctrice. Thérèse avait souvent fait des miracles avec moi et je savais qu’elle pouvait apaiser mon mal. Quand elle m’a vu, son diagnostic était clair. Fallait travailler pour refaire passer l’énergie dans ma jambe. Tout était bloqué comme ils avaient l’habitude de s’exprimer. Piqué à la jambe comme un porc-et-pique dans sa salle d’attente, parce qu’elle n’avait pas de place pour moi sans RV, ma jambe est revenue à la vie juste avant mon départ. 

Vous vous imaginez? La première journée, j’en ai fait 5 minutes. Cela me faisait terriblement mal. Le lendemain 10 et ainsi de suite, jusqu’à la dernière journée du voyage, où je m’étais élancé sur 100 kilos à plus de 35 à l’heure. À mon retour au motel avant les gars bien sûr, je déposais mon bike à la réception, et ce sont eux qui le montaient à la chambre au 2e à leur retour. Moi, je prenais l’ascenseur, je me mettais en costume de bain et je faisais du PR sur la plage. J’allais dans l’océan en béquille me faire frapper la fracture par les vagues d’eau froide. Cela me faisait terriblement de bien. Cela équivalait à se mettre de la glace après une vilaine blessure. Cela agissait pour diminuer l’inflammation. C’est ainsi que j’ai connu Daisy Hines, une ancienne championne américaine du 400 mètres tout comme moi, du Michigan State.

J’avais installé mon campement pas très loin d’elle et comme tous les athlètes de haut niveau, elle était bien curieuse de savoir ce qui s’était passé avec moi amanché de même avec ma petite casquette de vélo comme seule protection sur le crâne ! Daisy avait connu cela les blessures durant sa carrière. D’ailleurs, elle était en convalescence pour accident de travail dans le sud, diagnostiquée d’une espèce d’arthrose sévère en raison de son travail répétitif sur une chaîne de montage automobile à Détroit. On a placoté longuement de nos expériences respectives pendant que les gars roulaient. Je n’en revenais pas qu’une athlète de si haut niveau, qui avait tout raflé dans le milieu universitaire américain en track and field pour l’université du Michigan, qui avait fait partie de l’équipe nationale américaine aux olympiques de Montréal, se ramasser sur une chaine de montage, parce qu’elle était issue d’universités à l’époque qui recrutaient avec de fortes bourses d’études des étudiants pour leurs talents d’athlètes davantage que pour se soucier de leur avenir post universitaire. Anay way, elle était un bon public pour toutes les niaiseries que je faisais sur la plage. Elle riait constamment et sa fille de 12 ans Méoucha trouvait assez étrange de voir sa mère s’attacher à ce « Curious and fucking crasy White man from of Canada». C’est comme cela que je l’avais entendu me décrire à sa mère au début. Je n’ai jamais pu la gagner. Elle me regardait constamment avec un regard méfiant et me faisait de la bonne façon, parce que sa mère lui avait exigé d’être polie avec moi. Quand Pierre, un ami qui nous avait accompagnés revenait de vélo avec Alain en milieu d’après-midi, moi et Daisy avions déjà plusieurs petites Coors en arrière de la cravate. Au point qu’une journée, nous avions organisé une course de 100M en partant de nos chaises vers la mer. Ah ce que nous avions ri. Nous l’invitions avec les enfants à souper avec nous le soir sur notre terrasse. Je dois avouer que nous nous sommes épris un peu de l’un et l’autre. Je vais m’abstenir de vous raconter trop dans le détail nos petites sorties nocturnes avec sa camaro noir chaussée en 16 pouces, suspension renforcie, les fenêtres en buées, parce que les soirées sont encore fraîches vous savez au printemps dans les ciné-parcs ! J’ai souvent repensé à elle comme aujourd’hui. Je me suis toujours demandé ce qu’elle était devenue. Même que plusieurs années plus tard, en retournant en Caroline pour toujours les mêmes raisons avec un autre ami, je lui avais demandé de m’arrêter à Fayetteville sur notre chemin en descendant. Je savais qu’elle s’y était installée, et j’avais épluché l’annuaire téléphonique et fait quelques téléphones sans succès. J’ai malheureusement une couple de relations comme cela dans ma vie que j’ai mal gérée, avec des femmes avec qui j’aurais dû mieux fermer la boucle. Du travail inachevé.

Je ne dois pas me montrer trop sévère envers moi-même par contre. Oui, il est vrai que je ne me suis pas toujours investi totalement dans plusieurs relations pour toutes sortes de raisons. Il y en avait certes quelques-unes, que c’était comme je disais tout à l’heure, « Bob, elle n’est pas parfaite, pas tout à fait ton genre, mais avoue ! Elle est gentille, généreuse et elle fait bien l’amour ! Bonnnn J’en vois me faire la grimace là, me traiter de nom. Êtes-vous certain de ne pas avoir jamais fait cela, ne serait-ce qu’avoir baissé votre garde un soir de party ou après un souper bien arrosé? Avec un mec ou une fille qui n’était pas votre genre, mais qui avait un tit quelque chose, un petit je ne sais trop quoi, et vous l’avez laissé vous embrasser longuement, très longuement même? Oui heinnn. Bon ! J’aime mieux cela de même. Je vais pouvoir vous en conter d’autres alors. Sinon fermer vos petites oreilles prudes, je vais vous choquer à nouveau.

Vous savez? Malgré tous mes défauts, il y en avait beaucoup à qui je plaisais, vous savez. Écoutez, elles ne m’auraient pas appelé chérie, mon ptit chou, cœur, bébé pour rien pendant une couple de semaines ou mois avant de me balancer?

Non ! Je vous le dis, deux choses l’une. Soit que je ne cadrais plus dans leurs plans de vie de couple à long terme et valait mieux arrêter tout cela là, ou encore c’était le mois d’avril qui arrivait. Parfois, c’était bien avant le mois d’avril. Le simple fait de me voir partir pour le gym à la fin de mon travail, à presque tous les jours, était suffisant pour les faire appréhender l’été, seule à aller se faire bronzer sans son chum…. pas troc chic cela! Ah je faisais de gros efforts, vous savez. Avec certaines je me disais, wow ! Comment vais-je faire pour la garder celle-là?
« Non, écoute ma chouette, ce n’est pas bien long mes entraînements, tu sais. En 3 h ou 4 heures c’est fini le vélo, tu sais. Je vais être là tout l’après-midi avec toi. On va faire tout ce qui te plait, on va souper ensemble un peu plus tard… On a du fun hein, tu ne trouves pas? Je vais te faire des gros colleux comme t’aimes en plus… »
« Non vois-tu Robert, je ne sais plus, ahhhh ça ne marchera pas, je pense qu’on va se laisser »
Christ de Calice de Tabarnac ! Non non c’est à moi que je parlais de même. C’est la réaction que j’avais quand je me ramassais avec ma brosse à dents et quelques chemises dans mon char.

Cela ne vous est jamais arrivé? Sentir qu’il aurait fallu que vous abandonniez tout pour madame ou monsieur? J’ai toujours cru qu’il y avait un peu d’enfantillage là-dedans. Cela n’existe pas l’homme et la femme parfaite. Oui? Arrêtez-moi cela. Dans tous les couples, faut faire des compromis, et ce, même chez les couples parfaits… en apparence. Et je ne peux pas croire qu’un cycliste comme moi ne peut être heureux qu’avec sa jumelle. La coriace que je vous ai parlé tout à l’heure qui m’avait toffé 3 ans, vous vous souvenez? Bien elle ne faisait pas de vélo elle. Elle n’était pas super sportive non plus. Elle adorait la pêche par exemple et je dois dire que j’ai dû accepter de sacrifier quelques fins de semaine de vélo pour quelques voyages de pêche, assis dans une chaloupe pendant 6 heures à taquiner la truite à pluie!! Puis après? Ce n’est pas grave, c’est sûr que je bougonnais au début, mais une fois là-bas après une bonne douche devant le foyer avec un ptit blanc bien frappé dans un petit chalet en bois rond, Bob, y s’en sacrais-tu de sa sortie de vélo avec ses potes!

Madame adorait faire du jardinage. Lorsqu’elle arrivait de travailler elle, sa passion était de jardiner sur son terrain une couple d’heures ! Hey Big deal, moi chérie je pars en vélo. As-tu un problème avec cela? Non mon amour, c’est bin correct. Vous devez bien vous demander kossé qui s’est passé avec elle hein? Bin imaginez-vous donc, que elle, elle n’en avait pas eu d’enfants elle, et avec le temps, elle est devenue comme jalouse de ma fille. Or, un soir que nous nous étions un peu chicanés sur un conflit d’horaire entre elle et ma fille, j’avais osé lui répondre 7/10 après qu’elle m’eut demandé combien je l’aimais? Savez-vous ce qui s’est passé après? Bien dans le temps des fêtes qui avait suivi, madame s’était envoyée en l’air lors d’une fin de semaine de ski-doo avec un collègue de travail, juste pour me rendre jaloux m’avait-elle dit, après qu’elle s’eut arrangé que je le découvre!! Alors plutôt que de la supplier de rester avec moi, comme elle aurait souhaité que je fasse, j’ai ramassé ma brosse à dents et mes chemises et j’ai levé les feutres!

Bon ! Je ne vous conterai pas les histoires des 49 autres quand même. On ne s’en sortira pas. Celle-ci, je trouvais qu’elle en valait le coup. Juste pour illustrer comment il peut être difficile pour un sportif invétéré de se trouver une blonde.

Le pire dans tout cela, savez-vous quoi? La majorité pour ne pas dire toutes celles qui mon sacré là, parce que je faisais trop de vélo, j’élimine celles qui avaient raison de me laisser parce que je pette ou que je me mets le doigt dans le nez, bien elles ont toutes regretté l’avoir fait ! Bon, regarde-moi donc le macho qui parle. Par exemple, celle que je viens de vous raconter, savez-vous quoi? Elle m’a pourchassé pendant presque 2 ans pour me traiter de noms, parce que je ne voulais pas revenir, parce que c’était de ma faute si tout cela lui était arrivé? C’était moi qui avais pris le pénis du gars et qui l’avais mis entre ses jambes!! Non, mais…

Pas de farce, j’ai des défauts, je le sais. Je ne dis pas que des filles n’ont pas eu raison de me sacrer-là, parce qu’elle ne pouvait plus blairer que j’aie une Corolla par exemple, plutôt qu’une BM, eh oui cela m’est aussi déjà arrivé. Et savez-vous quoi? Le prochain qu’elle a eu et qui avait une BM, bien lui, ne bandait pas ! Pensez-vous que je l’envie moi? Mon autre blonde que j’ai eue après elle était une nymphomane ! Non, mais la vie est-tu bien faite!

Plus j’y pense, plus je me dis que j’ai fait pendant longtemps tout ce qu’il m’était possible de faire pour me trouver une blonde.

En conclusion, se trouver une blonde ou un chum est assez difficile vous ne trouvez pas ?  Je dirais que c’est comme cuisiner un bon repas ou avoir une nutrition équilibrée. Cela se compare assez bien je dirais. Çà prend des légumes, un peu de viande, des poissons, des céréales et fibres, des huiles essentielles et beaucoup de fruits. Comme dit le guide alimentaire, manger en choisissant les bonnes quantités et types d'aliments recommandés parmi les 5 grands groupes alimentaires.

Je ne suis pas psychologue, mais les grands groupes alimentaires qui nourrissent une saine vie de couple tournent autour des 6 dimensions suivantes: 

• Apparence, sexe et pratiques sexuelles;
• Culture et connaissances (l’intellect);
• Travail et loisirs;
• Santé mentale et le caractère;
• Alimentation, hygiène et habitudes de vie;
• Argents et finance.

Inconsciemment, et le problème est là pour beaucoup de personnes, nous cherchons trop souvent l’homme et la femme parfaite. Une fille qui baise de toute les façons, qui en reveut tout le temps, qui s’intéresse à l’actualité, à ce qui se passe dans le monde, qui a un travail qu’elle aime et qui lui permette de se gâter à l’occasion, qui est facile à vivre, en contrôle de ses émotions, pas trop émotive, souple et généreuse de sa personne, capable de s’affirmer et d’assumer ses erreurs, qui aime la bonne table, une nourriture variée, mais pas trop compliquée, pas trop en désordre, qui tient bien maison, mais sans n’en fait une obsession, et qui fait des sports, particulièrement du vélo ! MAIS OÙ EST-ELLE CALVAIRE CETTE FILLE QUE JE LA MARIE TOUT DE SUITE!!

Moi aussi je l’ai cherché longtemps cette femme presque parfaite, mais je me suis vite aperçu que je me rendais malheureux à chercher cette femme idéale. Combien parmi vous tous ne donneront pas leur corps à la science, ne s’abandonneront pas, ne s’enverront pas en l’air, ou vont plutôt préférer « ne pas faire l’amour » tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas réuni les conditions gagnantes? Que de filles ai-je rencontrées qui s’accrochaient à ce rêve. Combien de fois ai-je dû débattre de la question en vain avec des femmes que j’aurais souhaité garder, parce que je n’offrais pas assez de ceci ou de cela ou trop de ceci ou de cela? J’avoue que mon côté colon m’a souvent joué des tours, mais ma blonde a vite compris qu’en arrière de mes élans se cache un gars qui a beaucoup de classe. Que j’agis de même finalement juste pour provoquer.

J’entends souvent des gens dire, « vous savez en vieillissant ou à l’âge qu’on est rendu, on sait ce qu’on veut. En deçà de cela, plus question ! » Bien, il est un peu là le problème, je vous dirais. À 30 ans, on a amplement le temps de se camper dans ses positions, mais quand vous atteignez les 45, 50, fin cinquantaine comme ce fut le cas pour moi, comment croyez-vous que je suis arrivé à arrêter mon choix sur Line, ma blonde en ce moment? Pensez-vous sincèrement qu’elle est la femme parfaite?  Oh que non. Alors qu’ai-je dû faire selon vous? Et bien je vais vous le dire. En réfléchissant à tous les aspects de notre relation à deux, de ce que je connaissais d’elle et de moi-même dans les 6 grands groupes alimentaires de la vie à deux, et bien j’en suis arrivé à la conclusion qu’elle était le plat parfait, le mélange parfait, même s’il elle aurait pu être meilleure s’il y avait eu un peu plus de ceci ou un peu plus de cela. Évidemment, pour en arriver à savoir qu’est-ce qu’on veut manger régulièrement, il faut avoir expérimenté tous les types de cuisines, sinon il est bien difficile de faire le bon choix. C’est pour cette raison que je trouve parfois risqué, même si cela pourrait marcher, que dès leur jeune âge des jeunes arrêtent d’explorer d’autres cuisines et font le vœu de s’assoir à la même table pour la vie. C’est un peu pour cela également que lorsque ça casse un peu plus tard, on les voit souvent tomber dans l’excès. Ils se mettent à manger du chinois, c’est le cas de le dire, 3 fois par semaine.

Je ne suis pas à l’abri non plus de me retrouver au resto un jour et qu’on me propose un gâteau au chocolat cerise full cochon, mais comme je suis céliaque vous savez, je préfère m’abstenir. Je le sais ce qui arrivera si je déroge, je vais perdre mon bien-être intestinal et toute mon énergie. Alors c’est un peu la même chose par rapport à ma blonde.


Même si je rencontrais la déesse parfaite physiquement, disons, qui me ferait passer pour l’homme le plus chanceux du monde en déambulant avec elle sous le bras, je sais très bien que cela ne me servirait à rien d’y gouter. Je préfère ma Line sans même y réfléchir plus longtemps. That’s it! Pourquoi? Parce que je sais que de me nourrir que du gâteau au chocolat, y a pas à dire, je n’irai pas chier loin ! Ça va devenir indigeste ou bon que momentanément. Je le sais. Je l’ai déjà fait autrefois lorsque je manquais d’expérience, bon ok, disons de maturité. Êtes-vous contentes les filles? Bien oui, je le sais que c’est vous mesdames qui riez davantage de cette précision de ma part. Normal…ma mère m’a toujours dit que les filles étaient plus vieilles que les gars au même âge. Ça doit être pour cela qu’on les prend un peu plus jeunes et vice versa :-).


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(À suivre... dans une semaine)

Coach BOB la gazelle!
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Aussi un rouleur!

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mercredi 26 décembre 2018

Le vélo a changé ma vie - Chapitre 6

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Chapitre 6
Assumer ses limites et rouler pour l'équipe

Ne pas être le meilleur de mon équipe ne me dérangeait pas du tout. Faire partie de la meilleure équipe Maître du Québec, porter le même maillot que mes coéquipiers, partager leur motel, parce que nous nous mettions à plusieurs par chambre pour sauver de l’argent, me satisfaisait amplement. En direction vers une course en voiture ou le soir après une première étape, j’assistais souvent aux échanges entre Alain, Gaétan, Jean et Claude sur ce qui s’était passé dans la journée et qu’est-ce qu’on pouvait faire de mieux la journée suivante pour changer la dynamique de la course ou pour permettre à l’un ou l’autre de nous de gagner la course ou de gagner des rangs dans le cumulatif de la fin de semaine. Comme j’étais toujours un peu plus à l’arrière des autres, je pouvais voir si ce que les gars avaient prévu se produisait et s’ils avaient oui ou non bien réagi de la façon qu’ils avaient convenu de faire. À la longue, et avec le temps, il m’arrivait de mieux interpréter qu’eux ce qui s’était passé, de sorte qu’avec le temps je me suis impliqué un peu plus dans les stratégies. C’est à ce moment au début de ma 3e  année de compétition que j’ai compris quelle place je pouvais occuper et le travail qui s’y rattachait pour donner un coup de mains à mes coéquipiers. Je ne gagnais pas de course. Je ne constituais pas une menace pour les meneurs. J’ai fini par comprendre qu’à défaut de gagner des courses, que je pouvais me battre pareil, faire ma place et la garder. Je suis devenu un domestique, un plombier comme on dit au hockey. Je n’étais plus le petit nouveau. J’avais fait mes preuves. Quand on intervient dans une course pour permettre à ton coéquipier de gagner un championnat, çà se placote autour. J’ai fini par faire partie des vétérans. Les meilleurs et les vieux de la veille venaient me voir maintenant après les courses et s’informaient comment cela s’était passé pour moi aujourd’hui. On ne m’a jamais sacré après pour une erreur de pilotage, même que sur certains circuits on me gardait à l’œil. J’avais la réputation de me frayer un chemin vers en haut assez vite. On me gardait à l’œil. Il se pouvait qu’en certaines circonstances, que je ne puisse rien faire pour mes gars, mais en d’autres, ma contribution fût toujours très appréciée. Cela ne pouvait quand même pas marcher à tout coup. Mais j’avais appris de Jean Garon mon coach, qu’il fallait essayer, provoquer des affaires.  Puis, pourquoi ne pas feinter quelque chose?

Si Alain, mon leader, tentait ou prévoyait une échappée à un moment donné, il m’en avait glissé un mot avant la course pour que je remonte en haut dans le bon moment et lorsque la chasse s’organisait contre lui, je tentais du mieux que je pouvais de m’installer devant les meneurs, question de nuire à leur rythme. De toute façon, toute l’énergie que cela me demandait pour remonter en haut de la sorte à quelques reprises ne me permettait d’y rester que quelques minutes, le temps qu’on s’aperçoive de mon petit manège et que d’autres prennent le lead rapidement pour m’écarter. Si je pouvais faire ce blocage à une couple de reprises avec des gars d’équipe adverses qui pouvaient y trouver leur compte aussi, cela pouvait permettre à Alain ou à Gaétan de prendre le large. De plus, comme Alain et Gaétan étaient souvent surveillés par des gars qui leur collaient au cul, il m’arrivait de m’infiltrer de force en arrière d’eux pour en tasser une couple. Comme mes chums me voyaient venir, ils s’arrangeaient pour placer une petite accélération le moment que je m’immisce entre eux et leurs adversaires. Bien mal venu celui qui voulait prendre ma place. Je sortais les coudes et je n’hésitais pas à faire contact, voire à pousser volontairement si cela devenait nécessaire. « Hey man dégage, c’est moé qui est icitt » Je me faisais crier après, mais je m’en câlissais, cela faisait partie de la game.

Alain et Gaétan avaient chacun leur style de coureurs, ce qui m’amenait à les conseiller différemment, bien quand ils me demandaient mon opinion. Alain était un gars tellement fier, qu’il demeurait souvent trop longtemps à tirer en avant du peloton, de sorte qu’il avait souvent brûlé trop des cartouches avant le sprint final, une de ses spécialités pourtant. Or, combien de fois lui ai-je conseillé de faire attention à cela, qu’un tel ou tel autre était toujours dans son cul et ne faisait qu’attendre le fil d’arrivée pour le sauter. Mais que voulez-vous? Un pur- sang est un pur-sang. Il me regardait les yeux un peu sceptiques, surpris et me disait…
« Stu vrai Bob? »
« Bin oui Calvaire Staffair! »
« Oui mais je voulais faire ceci, cela, je pensais que cela était pour marcher… En tout cas, la prochaine fois, je ne me ferai pas avoir, Christ Bob!»
Gaétan lui, de peur de mettre en danger sa saison de ski de fond par une mauvaise chute, évitait les sprints de masse. Cela ne voulait pas dire qu’il ne pouvait pas gagner de courses. Il les gagnait juste autrement. J’avais été témoin tellement de fois de mauvaises fins de courses par mes gars qu’en dernier, j’en étais rendu à leur suggérer ce qu’ils devaient faire le lendemain selon le parcours qui nous attendait. Pour Alain, c’était de s’épargner un peu plus, quitte à ce que Gaétan mène à l’avant à un rythme tellement élevé, qu’Alain pouvait sauter tout le monde en sortant de l’arrière si sa sortie était bien calculée. Et pour Gaétan, ce grand 6 pieds 2 pouces 175 lb, champion canadien de ski de fond, avec un cardio effroyable, pouvait sortir par surprise au moment que le monde ne s’y attendait pas le moins du monde, plusieurs kilomètres avant l’arrivée pour s’élancer sur un contre-la-montre que personne ne pouvait suivre à moins qu’un cycliste eut été capable de sauter dans sa roue, et encore. Le peloton devait travailler si fort pour revenir sur lui, qu’Alain pouvait contre-attaquer immédiatement la jonction faite. Soit que Gaétan rentrait victorieux en solitaire, revienne dans le pack ou qu’Alain en remette pour rentrer sur un sprint plus long que d’habitude, ce qui était excellent pour lui contre les sprinters courtes distances.

2 anecdotes me reviennent souvent en tête lorsque je reviens dans le passé pour illustrer des situations de course que j’avais provoquées pour mes gars. Une bonne et une plus mauvaise.

Commençons par la mauvaise. Nous courrions une provinciale à Acton Vale en Montérégie. Rien ne s’était passé lors de cette course. Plusieurs tentatives sans succès par personne. Nous approchions à vive allure la fin de la course. Parfois, il m’arrivait d’analyser les fins de parcours la veille, surtout quand ceux-ci finissaient un peu plus Rock & Roll comme c’était le cas lors de cette journée-là. Il fallait effectuer un virage en « S » à 90 degrés à 500 mètres et traverser une voie ferrée à sa sortie juste après à 250 mètres de l’arrivée. Dans ma tête, je savais que les sprinters attendraient que ces difficultés soient passées avant de déclarer les hostilités dans le dernier 200 mètres. C’était trop dangereux de rentrer en gang à tombeau ouvert dans ces deux virages avec la voie ferrée pour finir. J’avais fait signe à Alain de me rejoindre sur l’extérieur pour lui dire que je sortirais en fou avant le virage en coude et qu’il se devait de me suivre. Qu’à l’allure que j’étais pour rentrer dans les virages en S que personne d’autre ne me passerait, à moins de prendre le décor! Aussitôt après la voie ferrée, tu t’envoles parce qu’il est certain que je n’aurai plus de jus. Comme prédit, les mains dans les arches de mon guidon, je sors en sprint sur le côté extérieur du peloton pour entrer le premier dans le virage à vive allure à une vitesse qui m’a même fait peur. Pas question de regarder en arrière en pareilles circonstances. Advienne que pourra. Je réussis à revenir à l’intérieur pour reprendre le prochain virage toujours en tête avec autant de vitesse sur la gauche et à ma sortie de la voie ferrée de l’autre côté, je n’en peux plus et je me tasse pour laisser passer Alain…en principe. Malheureusement, Alain ne m’avait pas pris au sérieux, m’avait-il dit après la course, et c’est Daniel Périgny, un gars de Shawinigan,  un ancien sénior de l’équipe nationale, qui avait pris ma roue pour entrer presque seul comme Alain aurait dû faire. Périgny s’est approché de moi dans le cool down après le fil d’arrivée pour me dire que je devrais parler moins fort avec Alain et que ma stratégie avait été l’une des meilleures qu’il avait connue… SACRAMENT D’OSTIE DE CALICE DE TABARNACLE!!

Nous sommes toujours en Montérégie sur terrain plat sur l’une des dernières courses de la saison. Mon pote Alain est premier au cumulatif du Super Prestige avant cette dernière course par quelques points seulement devant un autre gars. La seule façon pour ce type de gagner au classement provincial de la saison était de s’assurer de gagner la course sans qu’Alain ne soit sur le podium. Cette course fut ponctuée de plusieurs échappées, dont l’une, à l’insu d’Alain vers la fin de la course avec ce gars en question à l’avant. Alain avait encore travaillé trop fort à l’avant et il avait manqué le bateau lorsque ces trois gars l’ont pris par surprise. Personne ne voulait les chasser et à chaque fois qu’Alain a voulu sortir du peloton pour les rejoindre, des gars travaillant pour l’échappé réussissaient à le reprendre et à venir baisser le tempo à l’avant. L’échappée n’avait pas une grande avance. Moins de 30 secondes si je me souviens bien. Nous les avions toujours à vue, c’est ce qui était choquant. Je ne me souviens pas qu’Alain m’ait demandé quoique ce soit de lui-même dans une course depuis que nous courrions ensemble, mais cette fois-ci, il m’avait dit « Bob, je suis un peu fatigué. Je n’y arriverai pas seul!» Je n’ai pas su quoi lui dire. Sa demande m’a figé bin raide. Vais-je être capable? J’étais déjà éprouvé par les tentatives répétées qu’il avait tenté lui-même de faire. Tout tournait tellement vite dans ma tête. Je ne pouvais plus attendre. Le temps de réfléchir à comment j’étais pour m’y prendre nous faisait perdre du temps précieux. Je n’avais pas à sortir comme une bombe me suis-je dit, de toute façon je ne décrocherai pas personne si Alain, lui-même, n’a pas été capable. Je vais juste me mettre dans le rouge pour rien et il n’est pas garanti que je puisse maintenir ce rythme longtemps pour couper l’avance des gars en avant. Le but était donc d’augmenter le rythme pour qu’on me laisse tranquille à l’avant, et ce, aussi longtemps que je le pourrai ! That’s it! J’ai pris quelques grandes respirations, j’ai repris mon calme et le contrôle de mon rythme cardiaque et j’ai pris la commande du peloton en augmentant discrètement ma vitesse de façon régulière, et à ma grande surprise, les gars les plus forts du groupe ont préféré me coller plutôt que prendre les devants pour venir me ralentir. Une occasion s’offrait donc à nous me suis-je dit. Sans donner de coups, je me suis efforcé de maintenir ma vitesse la plus élevée possible aussi longtemps que je le pouvais. Je n’ai qu’une chance. Je me suis accroché après mes cocottes de guidon, fléchi par en avant, les bras à l’équerre, les coudes à l’intérieur, la tête penchée, pour à la fois regarder à l’avant, mais aussi pour regarder sous mes aisselles pour voir ce qui se tramait à l’arrière. Je suis en pleine puissance. J’ai les schnolls, les couilles bien appuyées sur le nez de la selle, je m’efforce de maintenir la bonne cadence alliant force et vélocité. J’avais commencé à retrancher du temps précieux. Je savais que je me rapprochais légèrement des gars en avant. Les gars me collaient toujours au train arrière et je savais qu’Alain veillait aux grains à l’arrière, qu’il se doutait que cela ne pouvait plus continuer encore très longtemps mon affaire. Nous faisions souvent des sprints de pancarte ensemble lors des entraînements, alors il était très familier avec ma silhouette à l’effort. Je souffrais le martyre, je grimaçais d’effort, j’avais quitté les mains sur le dessus des cocottes pour m’accrocher dans les drops et quand je suis rendu là, je sais que la fin approche. C’est le dernier effort que je peux donner et je m’en fous de sauter. C’est ma job et il n’y a que moi qui peux la faire alors, à la seconde que je rends l’âme à 45km/h, instantanément, Alain a trouvé les ressources pour donner le coup de grâce. BANG ! Il est sorti du peloton comme une bombe avec l’énergie du désespoir. Il y a bien quelques gars qui ont réussi à le coller quelques instants, mais ils ont à peu près tous sauté l’un après l’autre eux aussi sous le rythme qu’il leur a imposé. Mon travail avait porté fruit. Comme dans toutes les courses où des coureurs se disputent un podium, le gars qui menaçait Alain à l’avant s’est retrouvé seul à travailler, parce que les deux autres ne voulaient plus coopérer. Tu veux gagner le Super prestige mon homme et bien à toi de travailler pour! Le temps que les gars s’envoient chier, Alain avait réussi à les rejoindre pour finalement rentrer 3e. Alain avait donc assuré sa victoire au Super Prestige du cumulatif provincial chez les maîtres « A » (35 à 45 ans).

Classement Super Prestige 1992
Pour ma part, j’avais complètement explosé à l’arrière et j’étais rentré seul loin en arrière après tout le monde. Selon l’enthousiasme qu’Alain avait en revenant sur moi après mon arrivée, je savais que nous avions réussi. Lorsqu’il m’a accueilli, je me suis empressé de lui demander… 
« Çà-tu marché Alain? »
« Oui mon homme, ça marché ! »
J’étais tellement heureux. C’est le plus beau souvenir de vélo que je garde gravé dans ma mémoire. Alain m’avait dit après la remise des médailles « Bob, cette médaille t’appartient un peu» et il me l’avait remise autour du cou quelques instants. Cette victoire est l’un des plus grands sentiments de fierté que j’ai connu dans ma vie. Je ne crois pas en avoir connu d’autres aussi fort.

J’étais revenu de cette fin de semaine galvanisée par ces résultats. Il ne nous restait que quelques courses sur le circuit régional à Québec et j’occupais la quatrième place au cumulatif en arrière de mes 2 leaders et un dénommé André Gagnon du Centre Bicycle St-Foy, un féroce compétiteur, un spécialiste de patin de vitesse, qui était tout juste en avant de moi au classement. Comme les premières et 2 e places au général étaient assurées pour mes 2 leaders, je leur avais demandé de me donner un coup de main pour une fois, ce qu’ils ont pu faire admirablement. Les gars étaient si contents de m’avoir retourné l’ascenseur. Une saison de parfaite. 1, 2, 3 pour Boutique Sextemps!
Classement mardis cycliste, Québec 1992



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(À suivre... dans une semaine)

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lundi 17 décembre 2018

Le vélo à changé ma vie - Chapitre 5

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Chapitre 5
Aller à la bonne école et savoir bien s'entourer

2 autres étés se sont écoulés. Je ne travaille plus chez Ultra-Média communication, la petite Cie que j’avais formée pour la vente de publicité chez Inter-Canadien. Après la faillite de Leblanc le président de Québec Air, voilà que le même homme se retrouve en Lock Out avec Inter-Canadien, mon client. La publication du magazine étant suspendue le temps du conflit de travail, j’ai dû me trouver un nouveau travail. Heureusement, avec la clientèle établie que je m’étais bâtie, une grande agence de pub de Québec à l’époque, m’avait offert un poste en développement des affaires. N’oubliez pas, je suis un bon vendeur.


Ma fille demeurera ma plus grande
et fidèle admiratrice (1992)
Ma vie est stable. Je m’occupe de ma fille les fins de semaine comme nous nous étions entendus sa mère et moi. Je roule la semaine et je m’occupe de ma fille les week-ends. L’été, je prends une couple de semaines en vacances avec elle et elle repart avec sa mère pour au moins 3 semaines. De plus, je peux compter sur elle à l’occasion pour la garder si j’ai un programme spécial lors d’une fin de semaine. Elle a refait sa vie avec un autre homme avec qui elle aura un autre enfant. Alors, sa mère aime bien avoir Viviane avec elle à l’occasion les fins de semaine aussi pour créer une vie de famille avec son nouveau petit frère.

Qui s’en plaindrais-je? Les conditions idéales ma foi pour entrer sur le circuit des maîtres comme Évariste m’avait suggéré de faire. Nous sommes au printemps 90 et je lui donne un coup de fil pour lui dire que je suis enfin prêt. Enfin, je l’espère. Le club dans lequel il est s’appelle le « Club Jean Garon », le nom de son fondateur, mais aussi du coureur, de mon futur coéquipier.

Vous ne connaissez pas Jean Garon? Normal. La culture du cyclisme n’est pas suffisamment développé au Québec pour qu’on ait donné quelconque importance à nos athlètes qui ont compétitionné amateur ou semi-professionnel dans l’anonymat en arrière-plan des grands reportages sur le baseball, le football et le hockey, les sports qui dominent notre presse sportive.

Mon coach Jean Garon avait entrepris la compétition cycliste en 1959. Au cours de sa carrière, qui prit fin en 1970, c’est-à-dire près d’une vingtaine années avant que je fasse sa connaissance, il avait remporté 42 victoires, dont 5 championnats québécois de cyclo-cross. Il a participé aux Jeux du Commonwealth en 1962, au Tour du Saint-Laurent de 1962 à 1965, au Tour de l'Avenir en 1961 et 1962, au Tour de la Nouvelle-France en 1967, et à quatre compétitions des six-jours de Lachine en 1965 et 1966. Lors de la classique Québec - Montréal, il a terminé deux fois deuxième et deux fois troisième.

Voici ce que j’avais écrit sur lui sur mon blogue en 2012, il n’y a pas très longtemps, 25 ans plus tard après s’être connu, juste parce que je l’avais aperçu de loin en vélo sans pouvoir lui parler. J’étais revenu à la maison la gorge nouée. J’aurais pu passer sur dix feux rouges sans m’en apercevoir. Tellement d’images et de beaux souvenirs ont resurgi dans ma tête. Je lui suis tellement reconnaissant qu’il ait pris soin de moi comme athlète. 

Jean Garon, 1962-65
« Quelle personne joviale il était et qu’il doit être encore. Je l’ai malheureusement manqué en sens inverse sur la piste cyclable des cheminots pas de casque avec sa petite casquette par en arrière comme toujours…

 … Je veux donc profiter de ce moment pour remercier les frères Garon du support et de l’encadrement qu’ils m’ont offert lorsque je les ai côtoyés de plus près. Jean commandait les entraînements au printemps et il savait comment nous parler et nous motiver à le suivre pour monter jusqu’à l’étape dans le parc des Laurentides à la mi-avril pas de casque avec juste une tuque sur la tête ! Il se préoccupait du sort de tout le monde, nous appelait pour savoir comment nous allions et avait toujours la bonne observation pour dissiper le doute en nous. Avec lui, l’important était d’essayer et d’être content de notre performance. Parmi tous les coureurs de l’époque, lorsque nous n’étions pas au sommet de notre forme aux premières classiques du printemps, il était le seul à tenter le tout pour le tout pour s’échapper tout seul à pleins gaz, même si cela pouvait ne l’amener à rien du tout. Je me rappellerai toujours de ses sourires moqueurs et de satisfaction après l’avoir essayé « As-tu vu Bob? Çà presque marché ! La prochaine fois ça va y être ! Il connaissait tous les trucs du métier et était une personne des plus respectées dans le peloton. S’il y avait un grand parleur ti-faiseur dans le peloton, il ne se gênait pas pour lui dire ce qu’on s’attendait de lui ou de carrément se la fermer!!

Baveux vous direz? Oui, mais il avait le droit lui ! Quand on s’est mesuré aux meilleurs dans le monde dans des courses comme celle du Tour du Saint-Laurent, que tu as bourlingué en Europe sur les grands circuits amateurs, tu intègres et développes une personnalité avec des codes de conduite qu’il faut respecter. C’est la loi du milieu ! Hommage à toi Jean…. MERCI ! »

Jean n’était pas le gars à exiger des formalités pour pouvoir entrer dans son club. Tu te présentes chez lui le samedi matin à 10h dès le début d’avril et si après une couple de sorties, tu te plais toujours avec les gars, il ne te refusera pas. Trop peu de monde était attiré par les courses pour commencer à leur dire « non ! Vois-tu mon homme, je ne crois pas que tu as le potentiel »

Jean savait bien trop ce que c’était pour moi de commencer à courir avec des gars que tu ne connais pas du tout. L’équipe était composée d’excellents cyclistes, que j’ai appris à connaître et à respecter avec leurs qualités et défauts. Ce n’était pas le temps de leur dire, ah moi j’ai fait ci, ah moi j’ai fait cela…vous voyez ce genre d’attitude lorsque quelqu’un cherche à se défendre en s’élevant à un rang qu’il n’est pas. De toute façon, de quoi aurais-je pu me vanter moi, à part de leur dire que j’étais un ex-toxicomane. Cela faisait 3 ans que je rêvais à ce moment, de faire partie d’un club de compétition avec des gars qui m’inspireront, qui me montreront le chemin. Je vous en présente quelques-uns, les plus importants. Les autres étaient des coureurs de mon calibre, des gars qui auraient peut-être oublié mon nom, si cette histoire avait été racontée par eux :


Claude et moi analysant les résultats
après une course
Claude Garon, le frère de Jean avec qui il a fait les six jours de Lachine et bien d’autres courses amateurs. Claude pouvait casser ou tordre un bicycle sous l’impulsion de son coup de pédale au sprint. À 200 lb, lorsqu’il s’assoyait sur sa barre horizontale de vélo le nez sur ses patins de freins avant, il pouvait dépasser les 90 à l’heure en le temps de le dire dans une descente. Je me souviendrai toujours d’un championnat du Québec ou Canadien à Lac Mégantic, Claude et moi s’étions fait décrocher par le peloton dans une longue montée vers le Lac Drolet et il tombait des cordes. Une pluie si grosse que tu voyais les gouttelettes rebondir sur l’asphalte. Nous arrivions au sommet de la montée et on apercevait déjà le peloton devant nous dans la descente vers le village. Et Claude m’avait dit…
« Robert installe toi derrière moi. Je sais que tu ne verras pas grand chose, mais fais-moi confiance. Tant et aussi longtemps que tu recevras le jet d’eau carré entre les deux yeux, dans tes lunettes ou ailleurs, c’est que tu es à la bonne place ! Tu vas voir, on va les rattraper, je te le dis! »
« T’es malade Claude, voyons donc, cela n’a pas de sens, on va se tuer!». 
Je ne me souviens plus de la vitesse que nous sommes descendus sous cette pluie. Je me souviens très bien avoir fait une prière avant de m’élancer avec lui. J’avais confiance en Claude. S’il dit que c’est possible, c’est que c’est faisable. Tout le long de la descente, je me suis assuré d’avoir les mains dans les drops de mon vélo, le plus calmement possible, sans avoir les bras tendus. Je me suis assuré d’être le plus près possible de lui pour recevoir le jet d’eau de sa roue arrière carré dans le front ! Quand j’ai senti que nous diminuions de vitesse une fois en bas, j’ai relevé la tête pour m’apercevoir que nous rentions dans le village en même temps que le peloton. Nous les avions tous rattrapés Wowww !


Championnat du monde Hawaï
Alain Deschênes était mon leader de catégorie d’âge, mais aussi le meneur de toute l’équipe. Il a gagné une couple d’années le super Prestige du meilleur coureur sur route au Québec dans sa catégorie d’âge (A) le temps que j’y étais. Il n’était pas du genre volubile à se péter les bretelles comme beaucoup de ses concurrents qui auraient bien aimé avoir son talent. C’était sur son vélo qu’Alain s’exprimait le mieux. Aujourd’hui à 65 ans (2018), Alain a dû se retirer d’une magnifique carrière d’Ironman suite à des blessures qui, avec l’âge, sont venus l’ennuyer. Trop pour l’empêcher de rentrer premier! Durant plus de 20 ans, il s’est distingué sur la scène internationale comme l’un des meilleurs IronMan au monde. Il remportera en 2005 à 52 ans l’IronMan de Montréal toute catégories confondues en 9h21m. Il obtiendra sa place pour aller aux championnats du monde en gagnant à 2 reprises l’IronMan de Lake Placid, qu’il détient toujours le meilleur temps à vie chez les 55-59 ans, celui de Penticton au BC, Tremblant et récemment celui du Maryland aux États-Unis. Il aura participé à plusieurs reprises au championnat du monde à Hawaï, où il réussira à terminer 2 X 4e et une fois 2e. Seule la médaille d’or maque à son tableau d’honneur et ce n’est pas parce qu’il n’a pas essayé. Alain est sans aucun doute le plus grand combattant que j’ai côtoyé et c’est avec beaucoup de fierté que je me plais à dire qu’il est aussi mon grand ami.


2014
Gaétan Beaulieu était un autre de super athlète. Un petit gars de Baie-Comeau de la Côte-Nord qui avait laissé une job de journalier à l’Iron Or pour se rapprocher du Mont Saint-Anne et des compétitions de ski de fond. Voici ce qu’on disait de lui dans le journal en 2011 :

« Il n'y a pas qu'Alex Harvey qui brille comme Saint-Ferréolais sur la scène internationale du ski de fond. Gaétan Beaulieu est monté à deux reprises sur le podium en Coupe du Monde des Maîtres en ski de fond, présenté la semaine dernière, à Sovereign Lake, en Colombie-Britannique. Le fondeur de 55 ans a mérité l’argent au relais 4 X 5 km classiques, et le bronze au 10 km classique. Il a aussi obtenu des quatrièmes places au 30 km, à seulement quatre secondes du podium, et au 45 km, l'épreuve la plus difficile. Athlète émérite, Gaétan Beaulieu a remporté de nombreuses fois les championnats canadiens de ski de fond ».

Évariste Lavoie que je vous ai longuement parlé déjà, ainsi que d’autres coureurs pas moins émérites tel Pierre Gagné, champion de patin de vitesse, les Michel et Marcel Bédard, Michel Dumas, des vrais gentlemans, qui ne disaient jamais un mot plus haut que l’autre, mais qui finissaient toujours parmi les meilleurs.

C’est avec ces gars-là que j’ai commencé. Vous savez, quand on dit au hockey que ça prend des vétérans dans le vestiaire pour montrer la voie aux jeunes, bien c’était la même chose dans notre groupe. Malgré un souci des petits détails et l’éthique du travail qu’ils avaient, vous savez quoi? Ils ne se prenaient pas trop au sérieux. Certains de mes amis aujourd’hui me trouvent parfois baveux quand je roule avec eux et bien dites-vous qu’ils n’ont rien vu. Il fallait les voir s’écoeurer entre eux, lorsque que quelqu’un manquait de gaz, un virage, ou tentait une échappée dans une descente, regardait les filles sur un trottoir, arrivait avec un bicycle sale ou n’importe quoi d’autres. Tout était sujet à la risée et au ridicule. Un susceptible n’aurait pas fait long feu. J’étais le petit dernier qui venait d’arriver et il n’aurait pas fallu que je les trouve niaiseux ou que je me plaigne de leurs enfantillages.

Je me souviens de mes premières sorties au printemps avec eux. Il faisait tellement froid, qu’il nous arrivait souvent de ne pas mettre notre casque, parce que c’était embarrassant sur une tuque à double épaisseur pour se protéger du froid.
MA tenue habituelle du printemps :-)

Nous pouvions partir de chez Jean dans le bas de Charlesbourg en route vers Saint-Ferréol des Neiges. Cela pouvait faire plus d’une centaine de kilos aller-retour. On ne faisait pas de voyage en Europe dans ce temps-là vous savez, et les entraînements en salle n’étaient pas aussi sophistiqués qu’aujourd’hui. Jean surveillait la cadence de nos coups de pédale durant les réchauffements. Les gars n’étaient pas pressés. Ils en profitaient pour se dire combien de kilos ils avaient déjà au compteur, quel genre d’entrainement ils avaient fait durant l’hiver etc. Depuis le temps que les gars ne s’étaient pas vus, c’était le temps de placoter sur le petit plateau pour cette première demi-heure.

Mais aussitôt ce réchauffement terminé, Jean ouvrait les hostilités en plaçant quelques mines ici et là pour obliger nos meilleurs de l’équipe à le pourchasser. Si ce n’était pas lui, c’était son frère Claude. Ces deux hommes-là n’avaient pas plus la forme que nous vous savez! Jean était professeur au secondaire et Claude fonctionnaire, alors vous voyez? Même qu’ils avaient des familles, femmes et enfants par-dessus le marché, alors que la majorité d’entre nous étions tous des célibataires endurcis sans enfants avec plein de temps libre. Mais ils avaient du chien, de l’audace et se plaisaient à réveiller le groupe. Claude et Jean Garon avaient le vélo dans le sang. À combien de camps d’entrainement avaient-ils déjà participé? 20, 30, 40 ? Vous vous imaginez? À ce moment-là, pas de programme d’entrainement issu de Docteurs en Éducation physique ou de spécialistes comme aujourd’hui, qui calcule ou suit ton programme selon toutes sortes de paramètres de performance. Non ! C’était l’époque du No pain, No gain ! 

Je faisais du mieux que je pouvais lors de ces premières sorties printanières. Ma préparation n’était jamais la meilleure non plus. Les gars faisaient beaucoup de ski de fond ce à quoi je m’étais résigné à faire et encore aujourd’hui. J’avais toujours cru m’être bien m’entraîner l’hiver, mais je me suis vite aperçu que j’étais plutôt paresseux. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais jamais à suivre le groupe quand le rythme s’imposait, mais Jean se laissait toujours redescendre vers moi pour me demander si tout allait bien? Orgueilleux comme je suis, je lui répondais…
« non, mais tu blagues Jean!! Non non ça va. Je suis juste un peu moins fort que vous autres aujourd’hui et je ne réussis juste pas à démarrer dans le bon moment. Cela va se replacer, tu vas voir ».

Jean se faisait toujours un plaisir de me décrire le tempérament des gars, leurs forces et faiblesses et des situations de course qu’il nous imposait pour que je développe ce sens qui te permet d’allumer dans le bon moment, de lire une course, d’y comprendre ce qui se passe et surtout, de deviner ce qui va se passer avant que cela n’arrive. C’est ce qu’on appelle avoir l’instinct du coureur. Et croyez-moi, j’en ai connu des gars plus forts que moi à vélo, mais qui ne l'avaient pas cet instinct. J’étais toujours un peu surpris d’arriver avant eux au fil d’arrivée. Jean pouvait même m’accompagner dans ces moments de récupération pour me crier « envoye Christ ! Démarre Robert! T’a pas vu nono!» À force de me faire crier après et avec du travail, j’ai fini par ne plus en échapper une! Ses précieux conseils m’ont permis de sauter les étapes, d’accélérer ma progression. Qui sait? Peut-être aurais-je abandonné si j’avais été laissé à moi-même comme beaucoup d’autres gars dans d’autres clubs?

Je revenais chez moi complètement démoli. Le cul endolori, les psoas raides, douloureux et crampés de partout. Fallait que je me laisse tremper dans un bain chaud pendant une heure et après je n’étais bon que pour souper et aller me coucher pour ma sortie de récup le lendemain en solo. Je préférais reprendre le collier seul, sauter l’entrainement facultatif. Une journée à me faire chier par les gars était bien assez pour moi à cette époque.

Ces camps d’entrainement au printemps en sa compagnie ne duraient que 3 semaines jusqu’au premier rendez-vous des courses régionales et de la première provinciale à Ste-Martine en Montérégie à la fin avril.


Ste-Martine, au centre (1992)

Malgré cette bonne préparation, mes débuts furent difficiles comme les débuts de tous les nouveaux. La forme qu’on s’est bâtie avant le début de la saison joue certes un rôle, mais c’est la stratégie, le moment de donner son plein effort, comment lire les premiers instants d’une course, qui ont été les principaux facteurs de succès pour moi. C'est sur ces aspects que j’ai dû travailler. Dès que le coup de départ est donné et que ça part en fou, il est important de s’être placé derrière un coureur de notre calibre, mais qui, contrairement à soi, saura s’accrocher. On le sait par ses résultats des courses passées qu’on analyse. Lors d’un départ, on se dit, tiens ! Aujourd’hui je pars en arrière de Jean-Claude. C’est un coureur qu’on sait être capable de suivre et qui saura aussi se frayer un chemin en jouant des coudes au travers les premières chicanes du départ. Dès le moment qu’on est sur le bord du désespoir après ce coup de départ, qu’on se demande si on pourra suivre ce rythme sans craindre d’avaler sa langue, il faut vite chasser ces idées noires de sa tête et endurer cette douleur encore quelques secondes, et de se dire envoyyyy Bob t’es capable, ne lâche pas!!! Tout le monde à l’avant a certainement aussi mal que toi ciboire, surtout qu’ils font face à plus de difficulté que toi sur le front avant de la course. Ils ne sont tout de même pas des extra-terrestres, ils finiront bien par lever le pied à un moment donné. Le temps que les premiers se relèvent pour se demander qui prendra la relève, ou le temps que quelqu’un décide de placer une autre accélération pour contre attaquer, le pack avait ralenti quelques secondes, le temps qu’il te fallait pour récupérer. Tu es sauvé. Tu n’as que quelques secondes pour reprendre ton souffle et te remettre à la bonne place, mais comme tout le monde est essoufflé, même chez les meilleurs, bien le prochain démarrage est moins violent et tu as la chance d’être mieux réchauffé pour y faire face. Tu t’es assuré de maintenir ta position en arrière d’une bonne roue, puis tu t’accroches coûte que coûte !

Il m’a fallu pas moins de 4 à 5 départs régionaux avant de pouvoir bien maîtriser cette dynamique et finir dans le peloton sur des terrains pas trop accidentés. Au provincial, j’ai eu certainement besoin d’une couple de courses de plus pour y arriver. Le calibre étant plus relevé, les contre-attaques fusent de tous côtés et lorsque venait le temps de séparer les hommes des enfants sur une bosse ou une montée, il m’arrivait de ne pas être en mesure de suivre le premier peloton. Des fois, parce que je ne m’étais pas bien placé, je n’avais pas suivi une bonne roue, ce qui t’oblige à donner un coup de reins pour le dépasser et combler le trou qu’il t’a créé pour rejoindre les autres à l’avant. Si tu en donnes plusieurs coups de même, cela vient t’en siphonner de l’énergie, et lorsque le bon coup doit être donné, bien tu n’en a plus! C'est cela la course! En d’autres circonstances, je n’avais pas encore le torque des meilleurs pour suivre ce rythme d’enfer. Mais c’est sûr qu’il y avait une explication. Tu te couches le soir et tu visualises toute l’affaire à nouveau et tu as affaire à ne pas te conter de menteries si tu veux t’en sortir. Il faut que le déclic se fasse la fois d’après, quand survient la même situation de course, tu te dois d’être mieux préparé pour prendre une meilleure décision. Si tu foires encore, just to bad mon homme, mais il faut que te refasse le replay encore dans ta tête et que tu cherches le moment et le pourquoi de cette rupture avec le groupe. Que s’est-il passé CALICE? C’est la réaction que j’avais quand ça se produisait. Si cela ne te fait pas mal, si ton orgueil n’en prend pas un coup, bien tu n’y arriveras pas.
***
(À suivre... dans une semaine)

Coach BOB la gazelle!
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Aussi un rouleur!

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Note de l'auteur

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