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vendredi 26 avril 2019

L'invincibilité

Sans être un historien, et dieu sait que je n’en suis pas un, ni un philosophe, quoique je pourrais en être un plus qu’historien, je suis tout de même sociologue de formation vous savez, je m’amusais dernièrement à jongler avec les mots pour tenter d’expliquer pourquoi nous nous acharnons tant à nous améliorer dans un sport, dans une discipline, dans un jeu même, comme plusieurs de nos enfants tentent de faire au détriment d’autres combats comme dans leurs études ou lors d’un premier travail par exemple.

Est-ce que je me trompe ? Il me semble que nous sommes de plus en plus nombreux à être dans cette quête non pas de l’amour, mais de l’invincibilité.

En me référant ici et là sur la définition de « invincible », dont « l’invincibilité » est le substantif, je suis linguiste aussi à mes heures, j’y ai découvert qu’être invincible, c’est ce qui est impossible de vaincre au combat, dans les compétitions, être imbattable. C’est pour cette invincibilité qu’encore aujourd’hui des nations, des armées tentent d’être invincible tels les chefs guerrier qui ont vainement tenté de faire pour protéger leurs terres des envahisseurs. Invincible veut dire qui résiste à, qui est victorieux, qu’il est impossible de dominer, qu’on ne peut venir à bout. Je l’aime bien cette dernière image « Qu’on ne peut venir à boutt » elle me laisse plus de latitude. Je peux intégrer cet idéal ou adapter mon désir d’invincibilité dans un processus, dans un continuum, dans une situation qui me pardonne d’être vaincu. Oui c’est cela ! Parce que qui veut être invincible prend le risque d’être vaincu et dans l’histoire, être vaincu voulait dire mourir pour l’honneur, pour la patrie, pour la cause. J’ai toujours cru un peu d’ailleurs que le suicide était un peu lié à ce sentiment d’échec face à quelque chose que seule la mort apaisera. 

N’est-ce pas ce sentiment d’invincibilité que les gens ressentent en regardant tous ces films à héros, à gros monstres qui réussissent à battre le méchant, les Rocky de ce monde. Quand on voit cette espèce de brute russe immense se faire vaincre par Rocky à bout de ressource, on ne peut s’empêcher de dire « Wow ! Il l’a eu le gros tabernacle » !

Comment se fait-il que nous soyons si nombreux en quête de cette victoire, de ce sentiment d’invincibilité ? Est-ce parce que c’est rendu de plus en plus difficile de se faire gratifier, de se faire dire que nous sommes bons ? Ou qu’on ait décidé d’aseptiser la vie de toutes compétitions par crainte de complexer les jeunes à l’école par exemple ? Au travail même, où les gratifications se font de plus en plus rares au point de rendre les employés complètement désabusés ?

La pratique du vélo serait-elle devenue comme la planche de salut du mortel, qui tente désespérément de survivre dans un monde de compétition, qu’on cherche à enfouir sous le tapis, parce qu’il ne faut surtout pas faire peur à personne en disant que la vie est belle, alors qu’elle est un réel combat ?

Dans mon cas, la pratique du vélo a sauvé ma vie de tout sentiment d’autodestruction. Chaque victoire, si petite soit-elle, m’a permis d’affronter les obstacles de la vie avec un certain optimiste, avec confiance. Pourquoi ? Parce que j’ai dû relativiser plusieurs échecs et me relever après chacun et ce, plus que dans n’importe laquelle autre sphère de ma vie. C’est pour cela qu’il est important de se dire entre nous que nous sommes bons, lorsque nous faisons des efforts, comme le high five que nous partageons tous ensemble après une bonne sortie de vélo, une bonne séance d’entrainement au gym. "Je me suis donné aujourd'hui". "J’ai même tout donné !" Je n’aurais pu faire mieux, mais plus encore, j’ai comme eu le sentiment que j’étais imbattable, invincible. Ce combat, je le fais avec moi-même. Je suis heureux de me féliciter, mais j’ai besoin aussi de cette complicité de mes paires, qui comprennent ce que je ressens et à quoi je carbure.

J’ai appris que je vais me faire opérer pour ma fibrillation cardiaque mercredi prochain. On va tenter de rafistoler mon bloc moteur, mon carburateur, ma chambre à combustion comme on ajuste un dérailleur de vélo qui fait défaut. Ça va faire bientôt 2 ans que j’attends après ce moment. Est-ce que cela va fonctionner ? Vais-je pouvoir retrouver tous les moyens d’un cycliste de 65 ans comme je souhaitais l'être ? 

Après qu’on m’eut appelé hier pour m’annoncer la nouvelle, malgré le temps maussade, j’ai enfourché ma bécane pour un 35 kilos roulés au train en solitaire à près de 29 de moyenne. Tiens toé ! Dans pas grand temps, je vais te vaincre. Je serai invincible ! 

Coach BOB la gazelle !
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Aussi un rouleur !
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jeudi 11 avril 2019

Wonderful Losers, ces « Gregarios » du cyclisme

Bonjour tout le monde,

Toujours en attente de mon opération pour ma fibrillation auriculaire, jumelée à un paquet de choses personnelles qui m’empêchent de m’éloigner pour un voyage de vélo au printemps comme j’ai toujours fait, font que je n’ai pas le cœur à la fête. Je ne m’entraîne pas fort, donc la forme n’est pas là et je prie pour que les doux rayons de soleil, qui se font toujours attendre, me permettent un jour de reprendre vie. Le moral est bas.

Heureusement, la lecture de mon vélo Mag (avril 2019) avec les actualités de David Desjardins m’a sorti de cette torpeur du printemps. Voici la chronique qu’il a rédigée sur ce film « Wonderful Losers » qu’on retrouve actuellement sur Vimeo et que je suis allé chercher bien évidemment. En voici la bande annonce.


J’ai retracé également une couple d’articles sur le film que voici et qui décrivent assez bien le film et les émotions que j’ai ressenties en le visionnant. 




Pour ceux qui ont lu mon histoire de vie que j’ai mise en ligne ici récemment, ou pour mes coéquipiers de l’époque, ceux-ci comprendront pourquoi j’ai été épris de ce film malgré quelques critiques sévères de certains auditeurs qui n’ont pas su lire entre les lignes. D’ailleurs, le revoir une 2e fois, suite à la lecture de ces éditoriaux, m’a permis de mieux apprécier les personnages, ces porteurs d’eau du peloton, qu’on n’entend parler presque jamais. En passant, c’est le fun que le réalisateur, Arunas Matelis, un lithuanien, ait choisi parmi tant d’autres coéquipiers Svein Tuft un cycliste canadien que j’ai toujours admiré. Les propos de son coach sur son compte décrivent bien le personnage et l’effet bénéfique qu’il devait avoir sur ses coéquipiers, qui lui ont ben rendu lors d’une course. Un passage émouvant !

Ce film m’a rappelé que je dois regarder en avant, arrêter de me plaindre et ne pas trop m’apitoyer sur mon sort. Cela pourrait être bin pire.

À voir pour les grands amateurs de course à vélo !

Bonne journée

Coach BOB la gazelle !
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Aussi un rouleur !
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vendredi 8 février 2019

Le vélo a sauvé ma vie - Chapitre 12

Si vous n'avez pas lu les premiers chapitre, suivre ce lien

Chapitre 12
Vieillir, pas drôle du tout

Malgré mon retrait de la compétition à l’âge de 35 ans, il y a bientôt 30 ans de cela, j’ai continué de progresser ou à tout le moins de me maintenir je dirais jusqu’à l’âge de 45 ans. On raconte souvent que l’âge est moins un handicap chez les sports d’endurance que chez d’autres disciplines qui nécessitent plus impulsions d’explosivité. Cela a plein de bon sens. Combien de fois me suis-je retrouvé à rouler avec le petit frère de l’un, le gars de l’autre pendant une sortie disons relativement longue, disons supérieure à 85 kilos et à un certain moment, après que le jeune nous ait démontré de belles qualités, bang ! Il frappe un mur.

Il y a moins d’une dizaine d’années, j’ai donc autour de 55 ans, nous nous retrouvons une gang d’amis (e) pour faire le Parc de la Mauricie aller-retour. Pour mes amis étrangers, il s’agit d’une super de belle route sillonnant une zone protégée, un Parc national si vous voulez, sur une distance de 115 kilos avec plus de 2000 m de dénivelé lorsqu’on le fait d’une barrière à l’autre, aller-retour. Comme dans tout parcours offrant une certaine difficulté, c’est sur sa fin ou dans sa 2e moitié qu’un cycliste moins expérimenté ou en moins grande forme éprouvera des difficultés. Une très bonne amie de vélo à moi, beaucoup plus jeune que moi en passant, autour de 30 ans à cette époque, très redoutable et familière avec le parc, m’informe que son ptit frère (27-28 ans) un bon cycliste de vélo de montagne, parait-il se joindra à nous. Il aime faire du vélo de route à l’occasion et selon elle, il saura être de taille avec nous. Depuis le temps qu'elle roule avec nous et qu’elle doit raconter ses sorties en famille, son frère devait bien se douter que cela ne sera pas si facile, même s’il est jeune et en grande forme. Nous partons tous à tranquillement question de se réchauffer. Cela fait un petit bout de temps que certains d’entre nous se sont vus. Alors, c’est donc le moment de mettre notre placotage à jour. Lors des premières montées, toujours de façon raisonnable, il est normal que tout un chacun veuille un peu vérifier comment ses jambes se porteront aujourd’hui. Alors sans que les hostilités soient lancées, il est comme normal de vouloir s’imposer à l’avant et d’imposer un rythme juste assez élevé pour se gonfler les jambes et annoncer ses couleurs. C’est de bonne guerre. Tous les vieux routiers comme moi sommes habitués à cette façon de faire, sauf que le jeune y a vu des attaques qui n’en étaient pas. Plutôt que de rester tranquille et d’observer ce qui se passe, il commit la même erreur que souvent les jeunes sans expérience font. Il s’est mis à répondre à toutes les mines qui furent posées et que nous savions tous éphémères. Quand nous sommes arrivés au 70e kilomètre sur une longue montée que tous appréhendaient au retour, parce que c’est là que çà se passe ordinairement, bien notre cher ami Mathieu a commencé a éprouvé des problèmes. Toujours aussi fébrile et désireux de démontrer qu’il était à la hauteur, il a commencé à creuser le trou de sa tombe. Après quelques chicanes ici et là, les lumières rouges se sont soudainement toutes allumées sur son tableau de bord. Le tempo que nous lui avons imposé dans la montée du Belvédère l’a fait sauter. Pauvre tit-gars, plus rien. La tank est vide. N’ayant sans doute pas mangé et bu suffisamment, il est rentré après nous une bonne quinzaine de minutes après nous en solitaire blanc comme une statue de sel. Un cas patent qu’une saine gestion de l’effort jumelée à la plus de profondeur au niveau de l’endurance chez un vieux renard peut venir à bout d’un jeune fougueux sans expérience.  

On a plusieurs beaux cas d’athlètes au Québec qui, même à la retraite ou en vaquant à d’autres occupations comme travailler disons, demeurent des athlètes d’exception et supérieurs à la moyenne. On dirait que l’âge n’a aucun effet sur eux. Prenons le cas de Pierre Harvey(1)  par exemple, qui rafle tous les succès dans sa catégorie d’âge et encore très souvent chez les beaucoup plus jeunes en compétition de vélo de montagne. Je ne suis pas de la trempe de Pierre Harvey, et loin de mon esprit de me comparer à lui, mais disons que même si Pierre n’est plus l’athlète d’antan, il doit être certainement moins découragé que moi face au vieillissement. 

Je devais avoir une quarantaine d’années je crois bien et je m’étais inscrit sur le circuit provincial de vélo de montagne. Je m’y étais mis comme cela question de changer de beats et je me trouvais pas si mal. J’en arrachais sur les courts circuits plus techniques, mais je me débrouillais assez bien dans les raids. Je me présente à un départ d’une course à Baie-Saint-Paul dans le comté de Charlevoix. Je ne me souviens plus vraiment de la distance à parcourir, mais Pierre, qui est seulement une couple d’années plus jeune que moi y était également. Nous nous connaissions suffisamment pour placoter ensemble et prendre des nouvelles de l’un de l’autre. J’avais commandité durant plusieurs années la Randonnée des Gouverneurs, qui a été probablement la première longue randonnée de vélo caritative au Québec et Pierre Harvey en avait été le président d’honneur et y il participait aussi régulièrement. C’est un peu comme cela que nous nous étions connus.

Une fois le départ canon de la course donné, les départs en vélo de montagne démarrent encore bin plus en fou qu’en route, je m’étais ramassé vite en arrière, je peux vous dire. Au moment que je cherche à élucider comment je vais m’en sortir, Pierre vient à ma hauteur pour me dire…
« Eh salut Robert, tu fais du vélo de montagne maintenant ? C’est bien cela ! »
«  Bien oui Pierre, j’essaye, je ne suis pas vraiment bon, mais cela me change les idées. J’adore cela »
« Ah c’est sûr, c’est un beau sport »
Le temps qu’on a pris pour s’échanger ces quelques mots a suffit pour que je perde de vue le peloton. Pas vraiment à cause de lui bien honnêtement. Je dois avouer que je n’étais pas de taille dans ce genre de course...
« Écoute Pierre je ne veux pas te retarder là. Je ne sais pas ce que tu fou icitte à côté de moi à me jaser de même, mais tu sais que tout le monde est parti là, tu sais qu’on est dans les derniers hein !?
« Oui je le sais Robert. En effet, il est temps que j’y aille. Alors écoute, je te souhaite bonne chance, soit prudent et on se revoit tantôt à l’heure du lunch, çà marche ?
Pierre était reparti comme une balle et avait terminé cette épreuve légèrement en moins de 2 heures dans le peloton de tête avec les prétendants au podium toutes catégories confondues, alors que moi cela m’avait pris un gros 30 minutes de plus !! Alors, vous comprenez pourquoi je ne me prends pas pour lui. Il est dans une classe tout simplement à part.

Toujours est-il qu’en vélo de route, sans être un Pierre Harvey ou un athlète de haut niveau, je réussissais à bien tirer mon épingle du jeu quand j’étais dans une bonne journée. Je ne faisais plus de compétitions, mais quand je faisais une sortie avec des amis ou avec qui que ce soit, je ne donnais pas ma peau facilement. Heureusement, quand cela ne se déroulait pas toujours comme je le souhaitais, je réussissais à remettre les choses en justes perspectives, et je réussissais à me pardonner d’avoir été distancé par untel ou par tel autre.

J’ai quand même trouvé très difficile à un certain moment d’accepter que mes beaux jours étaient derrière moi et que je m’engageais dans une pente descendante. Je sais bien que plusieurs diront qu’avec un bon programme d’entrainement, en faisant ceci ou cela, etc., qu’il est possible de repousser le temps. Mais vous savez, j’approche les 65 ans plus que les 50 et c’est à partir de 55 que la pente se fait sentir plus clairement ! Ça fait qu’on repassera pour les remontrances mes chers amis.

Il n’en demeure pas moins, qu’on soit un Pierre Harvey ou Robert Harmegnies (2), nous ferons tous face un jour à ce malheureux constat. Un gars comme Pierre pourra sourire encore longtemps pour les raisons qu’on connait, mais pour un gars comme moi, c’est dur. C’est très dur moralement de voir de plus en plus de monde te dépasser, de n’y même pouvoir s’y accrocher. Oui je sais, je suis encore capable d’en faire baver chez des hommes et femmes de mon âge, mais plus de façon aussi évidente qu’autrefois. 

Comprenez-moi, quand j’avais une quarantaine d’années et que je sortais de mon chez-moi pour un entrainement, çà me prenait un compétiteur de mon époque ou un Pierre Harvey pour que mon mental s’avoue vaincu et qu’il accepte que ses jambes ne puissent plus suivre ! Vous savez cette zone où vous êtes crispé de douleurs, votre cœur bat à un rythme de fou, il ne peut plus monter, battre plus vite, garder ce rythme encore un bout de temps compte tenu de l’aisance de votre adversaire vous semble impossible, puis soudainement, vos jambes vous abandonnent, tellement lourdes qu’elles ne peuvent plus tourner les pédales comme vous voudriez. Et là vous abandonnez. Vous relevez le tronc désespérément et vous vous mettez à respirer comme si vous veniez de sortir rapidement la tête de l’eau après avoir pris un bon bouillon ! 

Aujourd’hui, ce n’est plus rare. C’est fréquent. Trop souvent même. Et pourtant, je n’ai pas l’impression de mal rouler. Je me sens pourtant bien, en possession de mes moyens. Le feeling sur mon vélo est bon aussi, mais à un moment donné, je me sens comme un autobus scolaire qu’on a barré la vitesse à 90km/h. Quoi que je fasse, je ne suis plus capable de maintenir un certain pace ou de monter une côte à une vitesse que j’ai faite des centaines et des centaines de fois.

Le plus dure dans tout cela, et plusieurs d’entre vous me comprendront, c’est que ton corps vieillit nettement plus vite que ta tête, ton état d’esprit. Croyez-vous vraiment que j’ai une tête de 65 ans moi ?!? Quand j’embarque sur ma bécane tout fébrile comme un cheval sauvage emprisonné dans son box avant le départ, quel âge croyez-vous que j’ai ? Quand je me lance en bas des cols pour être dans le top 10 des hommes de mon Âge sachant qu’il y a une gang de vieux pros là-dedans, pensez-vous que j’ai une tête de mon âge ? Je suis comme tous les autres fous de mon âge qui font la même affaire. On n’en a tout simplement pas de tête ! On est des éternels enfants qui aiment le jeu et le risque. Il faut défier les limites. Je ne suis pas délinquant pour rien et je n’ai pas travaillé avec eux aussi pour rien. C’est cela que je trouve le plus dur dans le vieillissement. Pas qu’on veille m’ouvrir les portes de magasin quand je m’y présente, mais de me sentir fougueux, orgueilleux, compétitif dans ma tête comme quand j’étais plus jeune, mais que le corps ne soit plus capable de répondre à mes aspirations. C’est quasiment aussi pire que de ne pas bander ciboire !

Mais si ce n’était que de l’âge. Ces dernières années, ce sont des problèmes de santé qui sont venus m’ennuyer. Il y a trois ans j’étais rendu maigre comme une échalote et faible pas croyable. Même mes amis n’osaient pas me le dire de crainte de me vexer. J’avais définitivement quelque chose qui n’allait pas. Comme on dit par ici, j’étais toujours « sa bol »  ! J’ai fini par consulter et ma médecin de famille m’a référé à une gastro-entérologue qui m’a diagnostiqué la maladie cœliaque, vous savez les gens intolérants au gluten. Je me disais, cela peut-il vraiment être à cause de cela ? Plus de pain, pâtisseries, pâtes alimentaires, dessert, etc., tout ce qui contient blé, avoine, orge et seigle. CALAVAIRE, me suis-je dit, que vais-je pouvoir manger cimonac ?
«  Ah ne vous en faites pas monsieur Harmegnies. Je vais vous référer à une diététicienne et vous allez voir. Il y a beaucoup de produits de substitution maintenant dans les épiceries ou magasins naturels spécialisés. Ce ne sera pas si pire que cela, vous verrez »
C’était en décembre 2016 cela. Vais-je être prêt pour mon voyage de vélo au printemps prochain ?
«  Ne vous en faites pas. Si vous suivez le régime comme il faut, votre intestin devrait avoir le temps de se replacer un peu et je ne serais pas surprise que vous soyez même plus fort que le printemps passé. Mais je vous le dis tout de suite, vous en avez pour un bon 2 ans avant de vous refaire une flore intestinale correcte et que vous puissiez assimiler tous vos nutriments. »
Plus fort que le printemps passé !! Non, mais êtes-vous folle docteur ? Et bien elle avait raison la petite docteur. Je l’appelle la petite, parce qu’elle était si belle et si jeune, que… Si j’avais été célibataire, je suis à peu près certain que je lui aurais demandé si elle ne faisait pas de visites à domicile. 

Je suis finalement arrivé au printemps 2017 15 livres plus lourds à mon poids santé autour de 157 lb avant le début de saison, la testostérone dans le plafond, puis ma blonde ne s’en est pas plaint. Je venais de rajeunir de 3 ans. Tout l’été, je battais tous mes segments Stava de vélo des deux dernières années et il m’arrivait de battre des résultats qui dataient de plus longtemps que cela. Le vrai bonheur. J’étais redevenu tout excité à chaque fois que je prenais mon bike. Je me suis senti invincible tout l’été. Un oiseau passait sur le chemin que je cherchais à le dépasser.

Une fois la saison terminée vers la mi-octobre, je décide de prendre un break, j’ai toujours fait cela moi arrêter presque complètement à cette période de l’année. De toute façon, je suis hyper occupé à l’ouvrage et souvent je n’ai pas le temps de ne rien faire d’autre. Je travaille 7 jours par semaine à raison de 8/10 heures par jour. Au début décembre, en même temps qu’une dispute avec ma blonde, je suis un peu stressé au travail avec tout ce qui se passe, je me dis qu’il est temps de m’y remettre. Cela va t’aider mon homme. Ça va te calmer ! Il est vraiment temps que tu recommences t’entrainer avant de virer dingue. 

Après ma première journée au gym, le soir avant de me coucher, j’ai le cœur qui se met à battre très vite curieusement et je me dis « bin voyons donc, c’est quoi cette histoire-là » !! Je me couche. J’essaie de dormir. Le lendemain, je me réveille pas si pire, mais durant la nuit qui suit et l’autre d’après, ça se remet à repartir staffaire là à un rythme d’enfer à part cela. Par curiosité, j’amène mon senseur cardiaque à ma séance de gym et avant même d’embarquer sur mon stationnaire au réchauffement, ma montre m’indique que je suis à 175 !!! Bon, je me dis que c’est le senseur qui tarde à bien prendre mon pouls. Cela arrivait des fois qu’il est comme fucké avant. J’ai une vieille montre je me dis, va falloir que je la change. J’embarque sur mon vélo et soudainement je me sens le poitrail battre comme un tambour. Ma montre indique 220 !! Là ça ne va pas me suis-je dis. À douche mon homme. Ta journée est finie. À maison comme on dit !

Je réussis à avoir un rendez-vous avec un médecin dès le lendemain matin qui me dit au premier déplacement de son stéthoscope sur le poitrail. 
« Monsieur Harmegnies, vous sentez-vous suffisamment bien pour conduire votre voiture ? »
«  Bien sûr docteur, pourquoi faire vous me demandez cela ? »
«  Ça ne va pas votre affaire. Vous allez aller à l’hôpital de cardiologie de Laval et je vais vous annoncer pendant que vous allez vous y rendre. Je ne peux le garantir, mais vous faites de l’arythmie, de la fibrillation ou quelque chose du genre. »
Aussitôt que je donne mon nom à la réception, oui monsieur on vous attendait. Donnez-nous votre carte d’assurance maladie et rendez-vous immédiatement à la porte # 4. Bin Calice, on me rentre d’urgence. On me fait une cardioversion cardiaque  et on me donne mon congé qu’en fin de journée avec un suivi dans un mois. Il est possible que tout se replace et que tout revienne en ordre tout seul. Toujours est-il que ce traitement n’a rien donné. À mon prochain RV, le doc m’annonce qu’il ne me reste que la médication pour reprendre une vie normale. Que je doive prendre des bêtabloquants, des médicaments qui empêchent le cœur de battre trop vite et irrégulièrement, sans compter un autre pour diluer le sang pour éviter qu’un caillot de sang soit propulsé quelque part en cas de récidive (AVC). NON, MAIS AVAIS-JE BESOIN DE CELA, MOI ÇA… ? MOI, QUI RECOMMENÇAIT À VIVRE ?

Mais c’est quoi cette médication-là de merde ? Mon cœur est topé à 100. Rien à faire. Quoique je fasse, impossible de monter plus haut ! Bien voyons, c’est quoi cette affaire-là ? Une médication pour quelqu’un qui ne fait que pitonner sa TV cela ! Ce n’est pas fait pour moi cela !
«  Eh docteur, je suis un athlète moi. Faut que vous trouviez autre chose. Je ne suis même pas capable de monter au-dessus de 100 de rythme cardiaque. Je ne vous ai pas demandé de mourir d’essoufflement sur un orgasme, surtout que j’ai une marathonienne en la matière si vous voyez ce que je veux dire…. Il faut que vous me donniez autre chose »
Alors de fil en aiguille, on en est arrivé à trouver quelque chose qui me permette de monter à 145. Quant à l’entrainement, j’atteins ce maximum, je me sens comme autrefois quand j’étais dans le piton à 175 ! Un autre deuil à faire cimonac. Non, mais en plus de vieillir, voilà que j’ai le cœur qui me fait des siennes. On m’explique que c’est une maladie cardiaque sans trop de conséquences, en fait qu’elle ne me met pas en danger comme les gens aux prises avec des problèmes coronariens, vous savez ceux qui ont les tuyaux bouchés. Que cela se contrôle bien et à la limite, qu’on peut opérer. Pour me faire avaler le morceau, on me dit que c’est une maladie ayant une forte incidence chez les athlètes d’endurance et qu’on la diagnostique abondamment chez les skieurs de fond norvégien, parait-il. Non, mais batinse, je m’en christ-tu moi des skieurs norvégiens, c’est de leur cœur en santé moi que j’ai besoin et non de leurs maudits cœurs malades.
« Dites-moi docteur, vais-je avoir le temps de me remettre en forme pour le printemps prochain en faisant de la fibrillation auriculaire de même ? Je dois repartir en Espagne pour un camp d’entrainement »
« Oui monsieur Harmegnies, nous le savons, vous nous en aviez glissé mots, mais si vous pouvez remonter à 145 c’est toujours bien cela de parti n’est-ce pas ? Mais il est certain que vous devrez faire attention. Quand vous me parlez de cols ou d’entrainement en montagnes accotés dans le tapis comme vous dites, je vous conseillerais d’être prudent. À l’effort, vous êtes en insuffisance cardiaque vous savez »
Être prudent ! Il est drôle lui ! Vous souvenez-vous vous quand la dernière fois que moi j’ai été prudent, moi ? Non ! Et là, je vais devoir l’être.

Je suis reparti chez moi la binette bien découragée et je me suis remis à remettre mon cœur en forme autour de 140. C’est ce qu’un kinésiologie m’a dit. Pas le choix mon bob. Ton chien est mort !

Je me suis retrouvé à 15 jours de mon départ non assurable avec ma compagnie d’assurance, parce que j’avais connu des changements dans mon cocktail de pilules depuis moins de 3 mois, alors j’ai dû débourser fiou, pas moins de 500 $ pour une assurance deux semaines hors du Canada avec une compagnie de second ordre.

Seulement dans ma première semaine de voyage, je suis reparti en fibrillation à 3 reprises alors que rien ne s’était produit quelques mois avant de partir. Je ne faisais que sentir un bouchon de vin le soir au souper avec Line et mes amis qui carburaient au « Priorat et Rioja », ce qui ne m’était pas recommandé parce qu’il s’agit d’un excitant, ou si je me levais la nuit brusquement pour aller à la salle de bain, mon cœur lui se mettait à s’emballer ! Ehhhh, j’ai une sortie moi demain matin avec des amis, calme-toi mon cœur, ne m’abandonne pas icitte !! Je prenais des grandes respirations comme la littérature me disait de faire, puis à 6 h du matin tant bien que mal, je prenais ma médication et après le déjeuner 1 heure plus tard vers les 7 h 30, quoi 1 heure et demie avant mon départ pour encadrer un groupe de cyclistes en camps avec un grossiste en voyage…
« Hein Line ! Mon cœur vient de se restabiliser. Je suis prêt à partir. Attends-moi. Je me fais un sandwiche et on part. »
Il a fallu que je ne prenne plus aucune boisson et café du voyage et j’ai réussi à m’en tirer de la sorte. À 1 heure ou 2 de délais, mon cœur me disait. OK Bob, tu peux y aller et je partais.

Curieusement, après mon voyage, une fois revenu vivant à la maison, en maintenant toujours le même régime, bien presque parce que j’ai recommencé à prendre un peu de vin et de bière sans gluten quand même, mon cœur ne s’est réemballé qu’une seule autre fois. Pas pire hein ?

Au moment que je vous parle, ma saison est terminée, je n’ai fait que 6 000 kilos, je me suis amusé tout l’été tant bien que mal à 80 % de mon régime, et pour mal faire maudit viarge, j’ai poigné un zona facial qui m’a mis sur le dos pour trois semaines et là, je suis en attente d’une opération qui a 75 % des chances de donner d’excellents résultats. J’ai quelques amis qui sont passés par là qui se sont fait faire la même opération et ils ne s’en portent que mieux.

C’est là que j’en suis. Après toutes ces années, il commence à y avoir de l’eau dans le gaz. Ma cylindrée a des ratés, je roule sur 3 pistons. Je suis malheureux et surtout très inquiet de mon avenir. Je n’ai jamais vécu ou fait quoique ce soit à demi-mesure ou sans être en pleine possession de mes moyens. Toute ma vie, il en a été ainsi. Au fond la caisse. Oui j’ai été blessé déjà et plusieurs fois d’ailleurs, vous savez ce genre de bobos où il faut faire une pause en attendant de rebondir. Je ne me suis jamais vraiment préoccupé de cela. Le physio, le médecin me disait, c’est une question de temps. Un peu comme un rhume, t’en a pour dix jours, un steak sur une fesse, un bon trois semaines un mois, les pires blessures sont les élongations musculaires ou un claquage, là c’est vrai tu es mieux de ralentir et de ne pas trop solliciter ton muscle, mais tu sais que tout va éventuellement se replacer et que tu vas repartir au fond la caisse.

Vous avez raison. Il y a des gens qui affrontent des imprévus bien pires que ma situation. Les vrais cardiaques par exemple qui reviennent d’un pontage ou d’une transplantation. Ma blonde qui se bat contre un cancer du sein, avec mastectomie  totale. On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Un dur accident d’automobile ou être happé sévèrement par un texto conducteur automobile. On ne sait jamais…

Je dois revenir dans des prédispositions plus optimistes. Ma vieille mère approche le centenaire et elle a vécu toute sa vie en pleine santé. C’est d’ailleurs ce qui m’effraie d’ailleurs. S’il faut que je vive si vieux, vais-je réussir à me donner une belle qualité de vie ? Mon conseiller financier m’a dit qu’il fallait que je continue à travailler le plus longtemps possible si je désirais continuer à mettre du beurre sur mes toasts avec une telle espérance de vie.

Récemment ma grande copine Geneviève a mis sur sa page une vidéo d’un dénommé Robert Marchand qui, à 106 ans a réussi faire l’Achédoise une cyclo en France. Il y a aussi son grand copain Dédé Petipas, champion de France amateur dans sa catégorie qu’elle m’a fait connaître au Pro tour de Québec alors qu’ils étaient en vacances en Amérique. Ces exploits me font rêver, encore plus, je les envie de pouvoir vivre encore leurs passions de la sorte. 
Dédé et moi sur la droite avec la calotte

J’espère donc pouvoir faire de même. Je prends conscience que le vélo fut toute ma vie de son époque moderne et c’est ce qui me rend heureux, qui me garde en vie. Faut que je m’accroche. 

Il est 9 h 30 du matin un samedi de novembre. L’hiver est arrivé tôt cette année. Il neige à plein ciel. La saison de ski de fond et alpin est déjà commencée. Du jamais vu depuis des lunes. Mon équipement n’est pas encore sorti du cabanon. Line en convalescence est replongée dans son travail et moi je vais aller au gym en attente d’un coup de fil pour mon opération que j’attends toujours.

Docteur, vais-je pouvoir être fin prêt pour le printemps prochain ?

J’ai rêvé la nuit dernière qu’il m’avait répondu…
« Monsieur Harmegnies, l’opération a été une réussite. Votre condition physique nous a grandement facilité la tâche et nous croyons que vous serez bon encore pour bon 25 ans. »
***
(Fin)

(1) Pierre Harvey (1957) est un sportif québécois, qui a pratiqué le cyclisme sur route et le ski de fond. En cyclisme il a participé à 3 olympiades — Montréal en 1976, Los Angeles en 1984 — dans l’épreuve du 100 km par équipe et enfin Calgary en Jeux olympiques d’hiver de 1988. En 1976, il termine 24e de l’épreuve en ligne et en 1984, il tire pendant presque toute la course le Canadien Steve Bauer qui finira deuxième à la toute dernière seconde. En ski de fond, il gagne une manche de coupe du monde en 1988 et réalise d’excellents jeux à Calgary en 1988, ce qui lui vaut de figurer au Temple de la renommée du sport canadien.
(2)  Avez-vous remarqué que je n’ai pas dit « un » Robert Harmegnies ? C’est parce qu’il y en a sans doute plusieurs.

Coach BOB la gazelle!
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Aussi un rouleur!

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Note de l'auteur

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