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jeudi 11 avril 2019

Wonderful Losers, ces « Gregarios » du cyclisme

Bonjour tout le monde,

Toujours en attente de mon opération pour ma fibrillation auriculaire, jumelée à un paquet de choses personnelles qui m’empêchent de m’éloigner pour un voyage de vélo au printemps comme j’ai toujours fait, font que je n’ai pas le cœur à la fête. Je ne m’entraîne pas fort, donc la forme n’est pas là et je prie pour que les doux rayons de soleil, qui se font toujours attendre, me permettent un jour de reprendre vie. Le moral est bas.

Heureusement, la lecture de mon vélo Mag (avril 2019) avec les actualités de David Desjardins m’a sorti de cette torpeur du printemps. Voici la chronique qu’il a rédigée sur ce film « Wonderful Losers » qu’on retrouve actuellement sur Vimeo et que je suis allé chercher bien évidemment. En voici la bande annonce.


J’ai retracé également une couple d’articles sur le film que voici et qui décrivent assez bien le film et les émotions que j’ai ressenties en le visionnant. 




Pour ceux qui ont lu mon histoire de vie que j’ai mise en ligne ici récemment, ou pour mes coéquipiers de l’époque, ceux-ci comprendront pourquoi j’ai été épris de ce film malgré quelques critiques sévères de certains auditeurs qui n’ont pas su lire entre les lignes. D’ailleurs, le revoir une 2e fois, suite à la lecture de ces éditoriaux, m’a permis de mieux apprécier les personnages, ces porteurs d’eau du peloton, qu’on n’entend parler presque jamais. En passant, c’est le fun que le réalisateur, Arunas Matelis, un lithuanien, ait choisi parmi tant d’autres coéquipiers Svein Tuft un cycliste canadien que j’ai toujours admiré. Les propos de son coach sur son compte décrivent bien le personnage et l’effet bénéfique qu’il devait avoir sur ses coéquipiers, qui lui ont ben rendu lors d’une course. Un passage émouvant !

Ce film m’a rappelé que je dois regarder en avant, arrêter de me plaindre et ne pas trop m’apitoyer sur mon sort. Cela pourrait être bin pire.

À voir pour les grands amateurs de course à vélo !

Bonne journée

Coach BOB la gazelle !
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Aussi un rouleur !
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vendredi 8 février 2019

Le vélo a sauvé ma vie - Chapitre 12

Si vous n'avez pas lu les premiers chapitre, suivre ce lien

Chapitre 12
Vieillir, pas drôle du tout

Malgré mon retrait de la compétition à l’âge de 35 ans, il y a bientôt 30 ans de cela, j’ai continué de progresser ou à tout le moins de me maintenir je dirais jusqu’à l’âge de 45 ans. On raconte souvent que l’âge est moins un handicap chez les sports d’endurance que chez d’autres disciplines qui nécessitent plus impulsions d’explosivité. Cela a plein de bon sens. Combien de fois me suis-je retrouvé à rouler avec le petit frère de l’un, le gars de l’autre pendant une sortie disons relativement longue, disons supérieure à 85 kilos et à un certain moment, après que le jeune nous ait démontré de belles qualités, bang ! Il frappe un mur.

Il y a moins d’une dizaine d’années, j’ai donc autour de 55 ans, nous nous retrouvons une gang d’amis (e) pour faire le Parc de la Mauricie aller-retour. Pour mes amis étrangers, il s’agit d’une super de belle route sillonnant une zone protégée, un Parc national si vous voulez, sur une distance de 115 kilos avec plus de 2000 m de dénivelé lorsqu’on le fait d’une barrière à l’autre, aller-retour. Comme dans tout parcours offrant une certaine difficulté, c’est sur sa fin ou dans sa 2e moitié qu’un cycliste moins expérimenté ou en moins grande forme éprouvera des difficultés. Une très bonne amie de vélo à moi, beaucoup plus jeune que moi en passant, autour de 30 ans à cette époque, très redoutable et familière avec le parc, m’informe que son ptit frère (27-28 ans) un bon cycliste de vélo de montagne, parait-il se joindra à nous. Il aime faire du vélo de route à l’occasion et selon elle, il saura être de taille avec nous. Depuis le temps qu'elle roule avec nous et qu’elle doit raconter ses sorties en famille, son frère devait bien se douter que cela ne sera pas si facile, même s’il est jeune et en grande forme. Nous partons tous à tranquillement question de se réchauffer. Cela fait un petit bout de temps que certains d’entre nous se sont vus. Alors, c’est donc le moment de mettre notre placotage à jour. Lors des premières montées, toujours de façon raisonnable, il est normal que tout un chacun veuille un peu vérifier comment ses jambes se porteront aujourd’hui. Alors sans que les hostilités soient lancées, il est comme normal de vouloir s’imposer à l’avant et d’imposer un rythme juste assez élevé pour se gonfler les jambes et annoncer ses couleurs. C’est de bonne guerre. Tous les vieux routiers comme moi sommes habitués à cette façon de faire, sauf que le jeune y a vu des attaques qui n’en étaient pas. Plutôt que de rester tranquille et d’observer ce qui se passe, il commit la même erreur que souvent les jeunes sans expérience font. Il s’est mis à répondre à toutes les mines qui furent posées et que nous savions tous éphémères. Quand nous sommes arrivés au 70e kilomètre sur une longue montée que tous appréhendaient au retour, parce que c’est là que çà se passe ordinairement, bien notre cher ami Mathieu a commencé a éprouvé des problèmes. Toujours aussi fébrile et désireux de démontrer qu’il était à la hauteur, il a commencé à creuser le trou de sa tombe. Après quelques chicanes ici et là, les lumières rouges se sont soudainement toutes allumées sur son tableau de bord. Le tempo que nous lui avons imposé dans la montée du Belvédère l’a fait sauter. Pauvre tit-gars, plus rien. La tank est vide. N’ayant sans doute pas mangé et bu suffisamment, il est rentré après nous une bonne quinzaine de minutes après nous en solitaire blanc comme une statue de sel. Un cas patent qu’une saine gestion de l’effort jumelée à la plus de profondeur au niveau de l’endurance chez un vieux renard peut venir à bout d’un jeune fougueux sans expérience.  

On a plusieurs beaux cas d’athlètes au Québec qui, même à la retraite ou en vaquant à d’autres occupations comme travailler disons, demeurent des athlètes d’exception et supérieurs à la moyenne. On dirait que l’âge n’a aucun effet sur eux. Prenons le cas de Pierre Harvey(1)  par exemple, qui rafle tous les succès dans sa catégorie d’âge et encore très souvent chez les beaucoup plus jeunes en compétition de vélo de montagne. Je ne suis pas de la trempe de Pierre Harvey, et loin de mon esprit de me comparer à lui, mais disons que même si Pierre n’est plus l’athlète d’antan, il doit être certainement moins découragé que moi face au vieillissement. 

Je devais avoir une quarantaine d’années je crois bien et je m’étais inscrit sur le circuit provincial de vélo de montagne. Je m’y étais mis comme cela question de changer de beats et je me trouvais pas si mal. J’en arrachais sur les courts circuits plus techniques, mais je me débrouillais assez bien dans les raids. Je me présente à un départ d’une course à Baie-Saint-Paul dans le comté de Charlevoix. Je ne me souviens plus vraiment de la distance à parcourir, mais Pierre, qui est seulement une couple d’années plus jeune que moi y était également. Nous nous connaissions suffisamment pour placoter ensemble et prendre des nouvelles de l’un de l’autre. J’avais commandité durant plusieurs années la Randonnée des Gouverneurs, qui a été probablement la première longue randonnée de vélo caritative au Québec et Pierre Harvey en avait été le président d’honneur et y il participait aussi régulièrement. C’est un peu comme cela que nous nous étions connus.

Une fois le départ canon de la course donné, les départs en vélo de montagne démarrent encore bin plus en fou qu’en route, je m’étais ramassé vite en arrière, je peux vous dire. Au moment que je cherche à élucider comment je vais m’en sortir, Pierre vient à ma hauteur pour me dire…
« Eh salut Robert, tu fais du vélo de montagne maintenant ? C’est bien cela ! »
«  Bien oui Pierre, j’essaye, je ne suis pas vraiment bon, mais cela me change les idées. J’adore cela »
« Ah c’est sûr, c’est un beau sport »
Le temps qu’on a pris pour s’échanger ces quelques mots a suffit pour que je perde de vue le peloton. Pas vraiment à cause de lui bien honnêtement. Je dois avouer que je n’étais pas de taille dans ce genre de course...
« Écoute Pierre je ne veux pas te retarder là. Je ne sais pas ce que tu fou icitte à côté de moi à me jaser de même, mais tu sais que tout le monde est parti là, tu sais qu’on est dans les derniers hein !?
« Oui je le sais Robert. En effet, il est temps que j’y aille. Alors écoute, je te souhaite bonne chance, soit prudent et on se revoit tantôt à l’heure du lunch, çà marche ?
Pierre était reparti comme une balle et avait terminé cette épreuve légèrement en moins de 2 heures dans le peloton de tête avec les prétendants au podium toutes catégories confondues, alors que moi cela m’avait pris un gros 30 minutes de plus !! Alors, vous comprenez pourquoi je ne me prends pas pour lui. Il est dans une classe tout simplement à part.

Toujours est-il qu’en vélo de route, sans être un Pierre Harvey ou un athlète de haut niveau, je réussissais à bien tirer mon épingle du jeu quand j’étais dans une bonne journée. Je ne faisais plus de compétitions, mais quand je faisais une sortie avec des amis ou avec qui que ce soit, je ne donnais pas ma peau facilement. Heureusement, quand cela ne se déroulait pas toujours comme je le souhaitais, je réussissais à remettre les choses en justes perspectives, et je réussissais à me pardonner d’avoir été distancé par untel ou par tel autre.

J’ai quand même trouvé très difficile à un certain moment d’accepter que mes beaux jours étaient derrière moi et que je m’engageais dans une pente descendante. Je sais bien que plusieurs diront qu’avec un bon programme d’entrainement, en faisant ceci ou cela, etc., qu’il est possible de repousser le temps. Mais vous savez, j’approche les 65 ans plus que les 50 et c’est à partir de 55 que la pente se fait sentir plus clairement ! Ça fait qu’on repassera pour les remontrances mes chers amis.

Il n’en demeure pas moins, qu’on soit un Pierre Harvey ou Robert Harmegnies (2), nous ferons tous face un jour à ce malheureux constat. Un gars comme Pierre pourra sourire encore longtemps pour les raisons qu’on connait, mais pour un gars comme moi, c’est dur. C’est très dur moralement de voir de plus en plus de monde te dépasser, de n’y même pouvoir s’y accrocher. Oui je sais, je suis encore capable d’en faire baver chez des hommes et femmes de mon âge, mais plus de façon aussi évidente qu’autrefois. 

Comprenez-moi, quand j’avais une quarantaine d’années et que je sortais de mon chez-moi pour un entrainement, çà me prenait un compétiteur de mon époque ou un Pierre Harvey pour que mon mental s’avoue vaincu et qu’il accepte que ses jambes ne puissent plus suivre ! Vous savez cette zone où vous êtes crispé de douleurs, votre cœur bat à un rythme de fou, il ne peut plus monter, battre plus vite, garder ce rythme encore un bout de temps compte tenu de l’aisance de votre adversaire vous semble impossible, puis soudainement, vos jambes vous abandonnent, tellement lourdes qu’elles ne peuvent plus tourner les pédales comme vous voudriez. Et là vous abandonnez. Vous relevez le tronc désespérément et vous vous mettez à respirer comme si vous veniez de sortir rapidement la tête de l’eau après avoir pris un bon bouillon ! 

Aujourd’hui, ce n’est plus rare. C’est fréquent. Trop souvent même. Et pourtant, je n’ai pas l’impression de mal rouler. Je me sens pourtant bien, en possession de mes moyens. Le feeling sur mon vélo est bon aussi, mais à un moment donné, je me sens comme un autobus scolaire qu’on a barré la vitesse à 90km/h. Quoi que je fasse, je ne suis plus capable de maintenir un certain pace ou de monter une côte à une vitesse que j’ai faite des centaines et des centaines de fois.

Le plus dure dans tout cela, et plusieurs d’entre vous me comprendront, c’est que ton corps vieillit nettement plus vite que ta tête, ton état d’esprit. Croyez-vous vraiment que j’ai une tête de 65 ans moi ?!? Quand j’embarque sur ma bécane tout fébrile comme un cheval sauvage emprisonné dans son box avant le départ, quel âge croyez-vous que j’ai ? Quand je me lance en bas des cols pour être dans le top 10 des hommes de mon Âge sachant qu’il y a une gang de vieux pros là-dedans, pensez-vous que j’ai une tête de mon âge ? Je suis comme tous les autres fous de mon âge qui font la même affaire. On n’en a tout simplement pas de tête ! On est des éternels enfants qui aiment le jeu et le risque. Il faut défier les limites. Je ne suis pas délinquant pour rien et je n’ai pas travaillé avec eux aussi pour rien. C’est cela que je trouve le plus dur dans le vieillissement. Pas qu’on veille m’ouvrir les portes de magasin quand je m’y présente, mais de me sentir fougueux, orgueilleux, compétitif dans ma tête comme quand j’étais plus jeune, mais que le corps ne soit plus capable de répondre à mes aspirations. C’est quasiment aussi pire que de ne pas bander ciboire !

Mais si ce n’était que de l’âge. Ces dernières années, ce sont des problèmes de santé qui sont venus m’ennuyer. Il y a trois ans j’étais rendu maigre comme une échalote et faible pas croyable. Même mes amis n’osaient pas me le dire de crainte de me vexer. J’avais définitivement quelque chose qui n’allait pas. Comme on dit par ici, j’étais toujours « sa bol »  ! J’ai fini par consulter et ma médecin de famille m’a référé à une gastro-entérologue qui m’a diagnostiqué la maladie cœliaque, vous savez les gens intolérants au gluten. Je me disais, cela peut-il vraiment être à cause de cela ? Plus de pain, pâtisseries, pâtes alimentaires, dessert, etc., tout ce qui contient blé, avoine, orge et seigle. CALAVAIRE, me suis-je dit, que vais-je pouvoir manger cimonac ?
«  Ah ne vous en faites pas monsieur Harmegnies. Je vais vous référer à une diététicienne et vous allez voir. Il y a beaucoup de produits de substitution maintenant dans les épiceries ou magasins naturels spécialisés. Ce ne sera pas si pire que cela, vous verrez »
C’était en décembre 2016 cela. Vais-je être prêt pour mon voyage de vélo au printemps prochain ?
«  Ne vous en faites pas. Si vous suivez le régime comme il faut, votre intestin devrait avoir le temps de se replacer un peu et je ne serais pas surprise que vous soyez même plus fort que le printemps passé. Mais je vous le dis tout de suite, vous en avez pour un bon 2 ans avant de vous refaire une flore intestinale correcte et que vous puissiez assimiler tous vos nutriments. »
Plus fort que le printemps passé !! Non, mais êtes-vous folle docteur ? Et bien elle avait raison la petite docteur. Je l’appelle la petite, parce qu’elle était si belle et si jeune, que… Si j’avais été célibataire, je suis à peu près certain que je lui aurais demandé si elle ne faisait pas de visites à domicile. 

Je suis finalement arrivé au printemps 2017 15 livres plus lourds à mon poids santé autour de 157 lb avant le début de saison, la testostérone dans le plafond, puis ma blonde ne s’en est pas plaint. Je venais de rajeunir de 3 ans. Tout l’été, je battais tous mes segments Stava de vélo des deux dernières années et il m’arrivait de battre des résultats qui dataient de plus longtemps que cela. Le vrai bonheur. J’étais redevenu tout excité à chaque fois que je prenais mon bike. Je me suis senti invincible tout l’été. Un oiseau passait sur le chemin que je cherchais à le dépasser.

Une fois la saison terminée vers la mi-octobre, je décide de prendre un break, j’ai toujours fait cela moi arrêter presque complètement à cette période de l’année. De toute façon, je suis hyper occupé à l’ouvrage et souvent je n’ai pas le temps de ne rien faire d’autre. Je travaille 7 jours par semaine à raison de 8/10 heures par jour. Au début décembre, en même temps qu’une dispute avec ma blonde, je suis un peu stressé au travail avec tout ce qui se passe, je me dis qu’il est temps de m’y remettre. Cela va t’aider mon homme. Ça va te calmer ! Il est vraiment temps que tu recommences t’entrainer avant de virer dingue. 

Après ma première journée au gym, le soir avant de me coucher, j’ai le cœur qui se met à battre très vite curieusement et je me dis « bin voyons donc, c’est quoi cette histoire-là » !! Je me couche. J’essaie de dormir. Le lendemain, je me réveille pas si pire, mais durant la nuit qui suit et l’autre d’après, ça se remet à repartir staffaire là à un rythme d’enfer à part cela. Par curiosité, j’amène mon senseur cardiaque à ma séance de gym et avant même d’embarquer sur mon stationnaire au réchauffement, ma montre m’indique que je suis à 175 !!! Bon, je me dis que c’est le senseur qui tarde à bien prendre mon pouls. Cela arrivait des fois qu’il est comme fucké avant. J’ai une vieille montre je me dis, va falloir que je la change. J’embarque sur mon vélo et soudainement je me sens le poitrail battre comme un tambour. Ma montre indique 220 !! Là ça ne va pas me suis-je dis. À douche mon homme. Ta journée est finie. À maison comme on dit !

Je réussis à avoir un rendez-vous avec un médecin dès le lendemain matin qui me dit au premier déplacement de son stéthoscope sur le poitrail. 
« Monsieur Harmegnies, vous sentez-vous suffisamment bien pour conduire votre voiture ? »
«  Bien sûr docteur, pourquoi faire vous me demandez cela ? »
«  Ça ne va pas votre affaire. Vous allez aller à l’hôpital de cardiologie de Laval et je vais vous annoncer pendant que vous allez vous y rendre. Je ne peux le garantir, mais vous faites de l’arythmie, de la fibrillation ou quelque chose du genre. »
Aussitôt que je donne mon nom à la réception, oui monsieur on vous attendait. Donnez-nous votre carte d’assurance maladie et rendez-vous immédiatement à la porte # 4. Bin Calice, on me rentre d’urgence. On me fait une cardioversion cardiaque  et on me donne mon congé qu’en fin de journée avec un suivi dans un mois. Il est possible que tout se replace et que tout revienne en ordre tout seul. Toujours est-il que ce traitement n’a rien donné. À mon prochain RV, le doc m’annonce qu’il ne me reste que la médication pour reprendre une vie normale. Que je doive prendre des bêtabloquants, des médicaments qui empêchent le cœur de battre trop vite et irrégulièrement, sans compter un autre pour diluer le sang pour éviter qu’un caillot de sang soit propulsé quelque part en cas de récidive (AVC). NON, MAIS AVAIS-JE BESOIN DE CELA, MOI ÇA… ? MOI, QUI RECOMMENÇAIT À VIVRE ?

Mais c’est quoi cette médication-là de merde ? Mon cœur est topé à 100. Rien à faire. Quoique je fasse, impossible de monter plus haut ! Bien voyons, c’est quoi cette affaire-là ? Une médication pour quelqu’un qui ne fait que pitonner sa TV cela ! Ce n’est pas fait pour moi cela !
«  Eh docteur, je suis un athlète moi. Faut que vous trouviez autre chose. Je ne suis même pas capable de monter au-dessus de 100 de rythme cardiaque. Je ne vous ai pas demandé de mourir d’essoufflement sur un orgasme, surtout que j’ai une marathonienne en la matière si vous voyez ce que je veux dire…. Il faut que vous me donniez autre chose »
Alors de fil en aiguille, on en est arrivé à trouver quelque chose qui me permette de monter à 145. Quant à l’entrainement, j’atteins ce maximum, je me sens comme autrefois quand j’étais dans le piton à 175 ! Un autre deuil à faire cimonac. Non, mais en plus de vieillir, voilà que j’ai le cœur qui me fait des siennes. On m’explique que c’est une maladie cardiaque sans trop de conséquences, en fait qu’elle ne me met pas en danger comme les gens aux prises avec des problèmes coronariens, vous savez ceux qui ont les tuyaux bouchés. Que cela se contrôle bien et à la limite, qu’on peut opérer. Pour me faire avaler le morceau, on me dit que c’est une maladie ayant une forte incidence chez les athlètes d’endurance et qu’on la diagnostique abondamment chez les skieurs de fond norvégien, parait-il. Non, mais batinse, je m’en christ-tu moi des skieurs norvégiens, c’est de leur cœur en santé moi que j’ai besoin et non de leurs maudits cœurs malades.
« Dites-moi docteur, vais-je avoir le temps de me remettre en forme pour le printemps prochain en faisant de la fibrillation auriculaire de même ? Je dois repartir en Espagne pour un camp d’entrainement »
« Oui monsieur Harmegnies, nous le savons, vous nous en aviez glissé mots, mais si vous pouvez remonter à 145 c’est toujours bien cela de parti n’est-ce pas ? Mais il est certain que vous devrez faire attention. Quand vous me parlez de cols ou d’entrainement en montagnes accotés dans le tapis comme vous dites, je vous conseillerais d’être prudent. À l’effort, vous êtes en insuffisance cardiaque vous savez »
Être prudent ! Il est drôle lui ! Vous souvenez-vous vous quand la dernière fois que moi j’ai été prudent, moi ? Non ! Et là, je vais devoir l’être.

Je suis reparti chez moi la binette bien découragée et je me suis remis à remettre mon cœur en forme autour de 140. C’est ce qu’un kinésiologie m’a dit. Pas le choix mon bob. Ton chien est mort !

Je me suis retrouvé à 15 jours de mon départ non assurable avec ma compagnie d’assurance, parce que j’avais connu des changements dans mon cocktail de pilules depuis moins de 3 mois, alors j’ai dû débourser fiou, pas moins de 500 $ pour une assurance deux semaines hors du Canada avec une compagnie de second ordre.

Seulement dans ma première semaine de voyage, je suis reparti en fibrillation à 3 reprises alors que rien ne s’était produit quelques mois avant de partir. Je ne faisais que sentir un bouchon de vin le soir au souper avec Line et mes amis qui carburaient au « Priorat et Rioja », ce qui ne m’était pas recommandé parce qu’il s’agit d’un excitant, ou si je me levais la nuit brusquement pour aller à la salle de bain, mon cœur lui se mettait à s’emballer ! Ehhhh, j’ai une sortie moi demain matin avec des amis, calme-toi mon cœur, ne m’abandonne pas icitte !! Je prenais des grandes respirations comme la littérature me disait de faire, puis à 6 h du matin tant bien que mal, je prenais ma médication et après le déjeuner 1 heure plus tard vers les 7 h 30, quoi 1 heure et demie avant mon départ pour encadrer un groupe de cyclistes en camps avec un grossiste en voyage…
« Hein Line ! Mon cœur vient de se restabiliser. Je suis prêt à partir. Attends-moi. Je me fais un sandwiche et on part. »
Il a fallu que je ne prenne plus aucune boisson et café du voyage et j’ai réussi à m’en tirer de la sorte. À 1 heure ou 2 de délais, mon cœur me disait. OK Bob, tu peux y aller et je partais.

Curieusement, après mon voyage, une fois revenu vivant à la maison, en maintenant toujours le même régime, bien presque parce que j’ai recommencé à prendre un peu de vin et de bière sans gluten quand même, mon cœur ne s’est réemballé qu’une seule autre fois. Pas pire hein ?

Au moment que je vous parle, ma saison est terminée, je n’ai fait que 6 000 kilos, je me suis amusé tout l’été tant bien que mal à 80 % de mon régime, et pour mal faire maudit viarge, j’ai poigné un zona facial qui m’a mis sur le dos pour trois semaines et là, je suis en attente d’une opération qui a 75 % des chances de donner d’excellents résultats. J’ai quelques amis qui sont passés par là qui se sont fait faire la même opération et ils ne s’en portent que mieux.

C’est là que j’en suis. Après toutes ces années, il commence à y avoir de l’eau dans le gaz. Ma cylindrée a des ratés, je roule sur 3 pistons. Je suis malheureux et surtout très inquiet de mon avenir. Je n’ai jamais vécu ou fait quoique ce soit à demi-mesure ou sans être en pleine possession de mes moyens. Toute ma vie, il en a été ainsi. Au fond la caisse. Oui j’ai été blessé déjà et plusieurs fois d’ailleurs, vous savez ce genre de bobos où il faut faire une pause en attendant de rebondir. Je ne me suis jamais vraiment préoccupé de cela. Le physio, le médecin me disait, c’est une question de temps. Un peu comme un rhume, t’en a pour dix jours, un steak sur une fesse, un bon trois semaines un mois, les pires blessures sont les élongations musculaires ou un claquage, là c’est vrai tu es mieux de ralentir et de ne pas trop solliciter ton muscle, mais tu sais que tout va éventuellement se replacer et que tu vas repartir au fond la caisse.

Vous avez raison. Il y a des gens qui affrontent des imprévus bien pires que ma situation. Les vrais cardiaques par exemple qui reviennent d’un pontage ou d’une transplantation. Ma blonde qui se bat contre un cancer du sein, avec mastectomie  totale. On vit avec une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Un dur accident d’automobile ou être happé sévèrement par un texto conducteur automobile. On ne sait jamais…

Je dois revenir dans des prédispositions plus optimistes. Ma vieille mère approche le centenaire et elle a vécu toute sa vie en pleine santé. C’est d’ailleurs ce qui m’effraie d’ailleurs. S’il faut que je vive si vieux, vais-je réussir à me donner une belle qualité de vie ? Mon conseiller financier m’a dit qu’il fallait que je continue à travailler le plus longtemps possible si je désirais continuer à mettre du beurre sur mes toasts avec une telle espérance de vie.

Récemment ma grande copine Geneviève a mis sur sa page une vidéo d’un dénommé Robert Marchand qui, à 106 ans a réussi faire l’Achédoise une cyclo en France. Il y a aussi son grand copain Dédé Petipas, champion de France amateur dans sa catégorie qu’elle m’a fait connaître au Pro tour de Québec alors qu’ils étaient en vacances en Amérique. Ces exploits me font rêver, encore plus, je les envie de pouvoir vivre encore leurs passions de la sorte. 
Dédé et moi sur la droite avec la calotte

J’espère donc pouvoir faire de même. Je prends conscience que le vélo fut toute ma vie de son époque moderne et c’est ce qui me rend heureux, qui me garde en vie. Faut que je m’accroche. 

Il est 9 h 30 du matin un samedi de novembre. L’hiver est arrivé tôt cette année. Il neige à plein ciel. La saison de ski de fond et alpin est déjà commencée. Du jamais vu depuis des lunes. Mon équipement n’est pas encore sorti du cabanon. Line en convalescence est replongée dans son travail et moi je vais aller au gym en attente d’un coup de fil pour mon opération que j’attends toujours.

Docteur, vais-je pouvoir être fin prêt pour le printemps prochain ?

J’ai rêvé la nuit dernière qu’il m’avait répondu…
« Monsieur Harmegnies, l’opération a été une réussite. Votre condition physique nous a grandement facilité la tâche et nous croyons que vous serez bon encore pour bon 25 ans. »
***
(Fin)

(1) Pierre Harvey (1957) est un sportif québécois, qui a pratiqué le cyclisme sur route et le ski de fond. En cyclisme il a participé à 3 olympiades — Montréal en 1976, Los Angeles en 1984 — dans l’épreuve du 100 km par équipe et enfin Calgary en Jeux olympiques d’hiver de 1988. En 1976, il termine 24e de l’épreuve en ligne et en 1984, il tire pendant presque toute la course le Canadien Steve Bauer qui finira deuxième à la toute dernière seconde. En ski de fond, il gagne une manche de coupe du monde en 1988 et réalise d’excellents jeux à Calgary en 1988, ce qui lui vaut de figurer au Temple de la renommée du sport canadien.
(2)  Avez-vous remarqué que je n’ai pas dit « un » Robert Harmegnies ? C’est parce qu’il y en a sans doute plusieurs.

Coach BOB la gazelle!
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Aussi un rouleur!

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Note de l'auteur

"J’aurais certainement souhaité écrire un livre en bonne et due forme et le vendre en librairie. Alors, si je vous ai fait sourire, distrait, passer du bon moment, pourquoi ne pas m’exprimer votre reconnaissance, si ce n'est pas déjà fait, par un don en appuyant sur le bouton « Faire un don » dans le menu en haut de la page à droite."   

vendredi 1 février 2019

Le vélo a sauvé ma vie - Chapitre 11

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Chapitre 11
Mes deux destinations préférées

Malgré mon grand amour pour le vélo, j’ai toujours été un peu en retard sur à peu près tout, dans pas mal d’affaires bien honnêtement. Je me suis me procuré des cadres de vélo en alliage beaucoup plus tard que mes amis, d’autres équipements comme un GPS ou autres bébelles par exemple, et ce fut le cas aussi pour les camps d’entrainement printaniers. Je ne parle pas de ceux que j’ai faits à maintes reprises en Virginie ou dans les Carolines. Non, je vous parle de ceux où il faut prendre l’avion pour réellement se dépayser. Et encore là, je ne fais pas partie de ceux qui ont beaucoup voyagé. Je suis allé en Arizona à 4 ou cinq reprises, en Provence (France) une fois, puis en Espagne ces 4 dernières années où j’y ai établi mes quartiers généraux. Autrefois, c’était moins courant d’aller faire du vélo d’entrainement outre-mer et de toute façon, j’étais plus serré financièrement. De plus, les travailles que j’ai occupés, incluant celui à mon compte depuis plus de 15 ans, m’ont toujours empêché de m’éloigner de mon travail très longtemps, quoique depuis une dizaine d’années, j’ai réussi à me libérer une couple de semaines à la fin du mois d’avril. Cela adonne bien, c’est la meilleure période de l’année pour se remettre en jambes.

Ces voyages à l’extérieur avec des bons amis (e) et ma blonde ces dernières années sont un cadeau de la vie. Les planifier, choisir les itinéraires, les dates et les amis (e) qui t’accompagneront font partie du « trip ». Sans compter que cela te motive à retourner au gym et à bien te préparer. On devient tout excité comme un enfant qui compte les jours avant l’arrivée du père Noël.

Et comme j’aime la sécurité, j’ai assez vécu d’insécurité dans ma vie, que j’aime bien être en pays de connaissance. Alors, je m’attache à une région, à une ville. En tout cas, ce n’est certainement pas lors de ma première visite que je découvre tous les cachets d’une destination. 

Saguaro National Park

Mon premier vrai dépaysement fut sous l’invitation de mon grand chum Alain, vous vous rappelez, mon leader de club de compétition, pour aller à Tucson en Arizona, le port d’attache des US Postal autrefois avec Lance Armstrong et de bien d’autres équipes cyclistes qui y passaient une bonne partie de l’hiver. C’était très attrayant d’aller s’entraîner sur le même terrain de son idole, bien jusqu’à ce qu’il se fasse prendre dans le pire scandale pour dopage. À partir de là, je l’ai chassé de mon esprit à jamais. Enfin, je ne pouvais pas trouver meilleur guide que Alain pour aller là. Il s’y entraînait depuis des années bien avant de m’y inviter et il y retournait jusqu’à l’an dernier au moins 2 ou 3 mois en fin d’hiver pour préparer son début de saison de triathlon, plutôt d’Ironman. Il connait ce coin de pays comme le fond de sa poche. Sans GPS, ni carte papier, pas très techno mon chum, seulement à regarder les montagnes ou le nom des boulevards, il sait où nous sommes et par où il faut passer. Du Soleil garanti mur à mur. Aucun nuage ou presque pendant 15 jours. Une averse durant 5 ans, vous vous imaginez. Tu regardes la météo uniquement pour savoir à quelle heure il faudra que tu sois revenu à cause de la chaleur. Tu pars le matin à 9 h en manchette, c’est frisquet un peu autour de 14,15C et il faut que tu sois revenu avant 15 h l’après-midi. Au Zénith le printemps, parce que c’est le printemps là-bas aussi, la température monte facilement autour de 38 40 à 16 h.
40 C en PM

Par chance, c’est sec, mais faut être prudent, le soleil est traître et il ne faut surtout pas se déshydrater. Quand nous descendions à Green Valley par Mission Road en plein désert, aucun point d’eau sur 70 kilos, pas une voiture, avec les animaux de proie qui te tournent autour, cela te fait comprendre la vie des Cheyennes à l’arrivée des premiers blancs comme dans les bons vieux westerns. 
Approche Gate Pass


Des parcours qui s’incrustent dans ta mémoire à jamais. Le petit Saguaro National Park, Gate Pass, McCain Loop, Kinnye road, toutes des petites routes qui sillonnent le désert, qu’on fait et refait sans se lasser. Puis il y a le Mont Lemmon comme défi qu’on fera toujours à deux reprises. Le premier jeudi de la première semaine en acclimatation, pour vérifier où on en est dans sa forme, et le 2e jeudi de mon séjour, chacun pour soi au fond la caisse, en contre la montre. Plus question d’arrêter prendre des photos.



Mont Lemmon sommet

Vue en plongée ascension











Le mont Lemmon est une superbe ascension de 44 kilomètres à 2 890 m (9 000 pieds) à 4 à 5 % de moyenne, si tu te rends jusqu’aux antennes météorologiques en haut du centre de ski. Jamais au grand jamais, je n’avais ressenti autant de fierté avant de gravir de telles ascensions. Vous vous imaginez 44 kilos en ascension tout en traversant 3 environnements géographiques. Tu pars en zone désertique en bas, avec cactus et sol rocailleux jaunâtre, etc., puis à mi- montagne tu arrives en zones de grands conifères et leurs odeurs, cela nous dit quelque chose, et lors des derniers kilomètres, le tout se change en végétation de toundra, avec de plus petits arbustes et mousses au sol. Comment ai-je pu attendre si longtemps je me disais. 
Centre de ski 2011 mi avril encore enneigé

Toutes ces années quand j’étais plus jeune, où je me serais amusé à battre des records. Après avoir atteint le plus haut sommet, contemplé le paysage, nous redescendions en bas du centre de ski à Summerheaven, le village du haut de la montagne, et irons au Cookie’s House, un petit resto hyper sympa tenus par une couple de bonnes femmes à tablier, qui faisaient les amis de gigantesques biscuits à l’avoine et au chocolat. Une pointe de pizz, un gros Coke, un café et on se faisait dorloter par un soleil de plomb en haute altitude à 14 C sur la terrasse. C’est le moment de se remémorer nos meilleurs moments de notre montée. Quand t’ai-je perdu de vue, comment je me suis senti à Windy Point (mie-montagne), les changements dans la végétation qui servent de repères, etc.  Rien ne presse lors de la journée de l’ascension du Mont Lemmon, il n’y a rien d’autre au programme dans la journée, sauf de le redescendre à vive allure et rentrer en ville deux par deux sur le petit plateau jusqu’à notre Starbucks préféré.



On demeure tout juste à côté de l’université d’Arizona. Un immense campus super moderne. Les étudiants sont en examen de fin d’année ou au début du trimestre d’été. Tous les pubs et terrasses de notre quartier sont pleins de jeunes et tellement beaux à part cela. Fiou!! Bien difficile de ne pas contempler toutes ces petites étudiantes en jupes et culottes courtes toutes plus jolies les unes que les autres, à travailler en équipe aux terrasses avec leur portable. Sans compter toutes celles plus sportives enfourchant en jeans effiloché au ras en fix gear orange fluo monté en Mavic ou sur leur vélo de ville pour se déplacer tout en lançant un sourire foudroyant à tous les mecs qui prennent leur pression au bar du coin. Je n’oublierai jamais mon chum Denis, un grand gaillard de 6 pieds 1, 185 lb qui, en traversant la rue vers notre terrasse préférée devant cette jungle de monde, a glissé sur la voie ferrée du vieux tramway de la ville. 

En une fraction de seconde, sans avoir ni même eu le temps de se protéger, BANG à terre lourdement de tout son long. Il avait été si gêné, qu’il s’était relevé debout avant que les roues de son vélo aient fini de tourner dans le vide. Si vous aviez entendu les acclamations cris et applaudissements sur les terrasses. Si vous aviez vu la face du gars!! « Calice de tabernacle de Ci …d’Os .. de… tous les Saints et objets sacrés de l’hôtel sont sortis de sa bouche instantanément. Même les Américains ont été en mesure d’en faire la traduction. S’ils n’avaient jamais entendu un Québécois blasphémer, ils se sont vite aperçus que « God Dam » est de la petite bière à côté de nos jurons. On en a ri des années de temps avec la promesse de n’en parler à personne. On s’installe sous un arbre de la terrasse du Starbucks et on déguste notre Frappuchino à 5 $US, notre récompense de la journée.

Dégustation nourriture indienne, St-Xavier
Tucson les amis, c’est cela. Oubliez le charme et le calme de la Catalogne avec ses montagnes de verdure et ses petits villages pittoresques en fleurs. Vous êtes dans le Sud des States, le pays des King Cab avec la winchester accrochée dans la fenêtre arrière. Une Population majoritairement blanche à 45 %, mais avec 43 % d’Hispaniques, principalement du Mexique vous comprendrez.
Marché aux puces 

Il ne reste plus qu’un faible 2 % d’Indiens, les pauvres malheureux. Au menu, steak, tacos, tortillas, feijoadas i Pimento. Le pays des mâles macho. Juste pour vous donner une idée de la culture des armes aux USA, une organisation sans but lucratif luttant contre la violence faite aux femmes a fait une levée de fonds pour offrir aux femmes monoparentales des quartiers pauvres de Tucson une arme à feu et un sticker à mettre sur leur clôture ou sur le porche de leur maison « Be careful armed women». Pas « attention chien dangereux » non non « Faire attention femme armée!! » Imaginez de quoi nous avions l’air mon chum et moi, lorsqu’on se prenait en photo dans un Safeway devant un display multicolore de Pimentos parce que Denis n’en revenait tout simplement pas de la diversité et de l’abondance ici ? Deux grands fifi!! 


La piqure était donnée. Ma grande amie cycliste Geneviève, d’origine française, qui va chaque année visiter sa famille et faire des voyages de vélo un peu partout en Europe, me dit un matin…

« Dis donc Bob, pour quoi ne viendriez-vous pas toi et Line en Espagne le printemps prochain ? Je connais une place, un tout inclue en Catalogne près de Tossa de Mar. Nous y serons de telle date à telle date. Ce serait bien, François et moi pourrions vous servir de guides »
Vue du haut Col de Els Angels
Aussitôt dit aussitôt réservée. Me voilà partie pour mon premier voyage de vélo en Europe et pas n’importe où. La culture du vélo et le respect des cyclistes en Espagne est tellement fort, que mon esprit n’en est jamais revenu. Gravir des sommets sans se soucier du trafic à l’arrière qui attend juste le prochain bout droit pour te dépasser complètement de l’extérieur comme si nous étions des voitures. Tout simplement incroyable. Ce seul aspect vaut le voyage à lui seul. Ici au Québec, en Amérique du Nord, nous sommes probablement le pire endroit au monde pour les cyclistes. On se fait klaxonner après et si on tarde à se tasser un peu, on se fait invectiver ou tasser dans le clos pour nous faire comprendre que nous n’avons pas d’affaire-là ! Nous avions croisé quelques cyclistes espagnols qui avaient bien voulu nous conduire à un croisement de chemin que nous cherchions. Nous devions traverser quelques petites villes dans les terres et à titre de dernier de file, j’avais averti la venue de voitures à l’arrière. Nous étions en montée en plein milieu d’un petit village sur une route étroite et le Catalan m’avait baragouiné en mi- Anglais/Catalan « Eh le canadien, les voitures nous passeront quand ils auront le champ libre, capich ? »

Quelques jours plus tard sur la Costa Brava où les touristes à voiture sont nombreux, j’avais signalé de la main à des voitures de me dépasser pendant que j’étais en montée sur la droite de la voie. J’étais gêné de tout retarder ce trafic à l’arrière, qui patientait sans dire mot. ERREUR. Quelques voitures m’ont dépassé à ma demande et lorsqu’elles sont arrivées en retard pour se rabattre sur la droite au prochain virage, encore dans la voie de gauche, un cycliste en descente en sens inverse a failli se faire frapper. C’est le mécano de l’hôtel qui m’avait dit ne jamais refaire cela. Que les voitures ne dépassent que si la voie est libre selon eux et de ne pas trop se tasser sur l’accotement, de prendre la voie qui nous revient!! C’est à eux de prendre le risque et non à moi de le proposer. Esperem i no et preocupis! Tu parles d’une autre culture toi, d’une autre façon de faire.

Nous nous sommes installés les années suivantes à Gérone, ville ancienne et médiévale. On voulait être un peu plus à l’intérieur des terres à l’abri des vents de bord de mer pas très loin des Pyrénées françaises. Ce ne sont pas les cols mythiques du tour, mais Gérone offre un magnifique terrain de jeu au travers de superbes campagnes avec de belles montées s’étirant sur plus de 20 kilos à certains endroits. La nature au printemps est verdoyante et fleurie contrairement à plus au sud où c’est plus aride, rocailleux et jaunâtre.

C’est plus frais et risqué au niveau température qu’en Arizona, mais tellement plus plaisant à rouler. Si j’ai pu me familiariser aux longues descentes du Mont Lemmon, ici les descentes sont beaucoup trop étroites et sinueuses, de sorte que tu n’as pas droit à l’erreur. Ta ligne de pente doit d’être parfaite si tu aimes la vitesse. Sinon t’es out ! Il m’est arrivé une couple de fois d’être déporté et heureusement sans conséquence fâcheuse. Une première fois, je suis arrivé trop vite dans un virage qui s’est avéré plus prononcé que je l’avais cru. Malgré mon freinage avant le virage, je n’ai pu le prendre et je me suis ramassé de l’autre côté dans la garnotte près du précipice. Une erreur de débutant. Il n’y a pas de garde-fou sur ces petites routes, seulement de grosses pierres de granit espacées sur le haut de la falaise. Tu as affaire à ne pas passer tout droit en vélo. Une seconde fois, dans des circonstances similaires, j’ai pu éviter une voiture en sens inverse. Ça fait réfléchir et tu t’assures que cela ne se reproduise plus. Question de vie ou de mort posée trop tard pour moi quant à moi.


Rouler sur ces terrains en Espagne, c’est comme jouer un match de hockey au Centre Bell pour un petit kid. Tu roules sur des routes que les pros ont empruntées à maintes reprises. Une année, alors que je montais El’s Engel 34 x 21 à bloc, à la recherche d’un bon temps pour mes archives, deux coureurs de Garmin m’avaient dépassé tout en placotant sur la grosse « plate ». Cela avait l’air si facile. Tu as beau essayer, cela ne dure que quelques secondes. Tu t’aperçois vite que tu n’as pas la puissance de ces jeunes pros. Des fois je me dis, mais comment se fait-il Bob, gros comme tu es, que tu ne sois pas capable de mettre autant de braquets et monter ton steak en haut avec autant d’aisance ? L’an dernier, Line et moi revenions de Les planes d’Hostoles vers Gérone et j’avais repéré un col de 9 kilomètres à 7,1 % de moyenne que nous avions raté l’année d’avant et qui montait vers le sommet de Sant-Marti de Sacalm.
Col de San Hilari (2018)

On racontait sur Internet qu’il était roulé fréquemment par des pros en raison de sa régularité dans la montée, mais aussi pour la vue qu’il offrait sur les Pyrénées. On s’était entendu de ne pas s’attendre. Même que Line appréhendait un peu cette montée et m’avait dit «  Vas-y Robert, tu me reprendras en descendant. Pas sûr que je vais tout monter ». Nous en étions qu’à notre 2e journée après tout. En montant, un type me dépasse comme une fusée. Je ne m’en formalise pas et ne me sens pas complexé pour deux cennes ! Pourquoi le serais-je avec ces jeunes costauds, bien rasés. Seulement à le voir aller, je vois tout de suite qu’il est en mission. D’ailleurs pas longtemps après, je le revois sur sa descente. Intérieurement, je me dis, « Bon ! Je vais bientôt arriver, j’imagine… » D’ailleurs au travers les feuillages sur ma droite, je vois tous les sommets enneigés des Pyrénées. Que c’est beau me suis-je dit. À chaque fois que je monte un col maintenant, il n’y a pas de mots pour décrire cette sensation ressentie à la vue de cette route impeccable, qui monte et monte en lacet sur des kilos et des kilos. Alterner de ma position assise à en danseuse aux 2 minutes, question de me délier les jambes, replacer ma respiration, avant de surmonter une forte inclinaison en sortie de virage, toujours prévoir d’avance comment on devra gérer la prochaine difficulté le regard crispé d’effort, te disant intérieurement de ne pas lâcher. À un moment donné, je vois une balise m’indiquant « Dernier kilomètre (8,1 %) ». Enfin me suis-je dit ! Je commençais à en avoir mon tas. Au moment que je me ressaisis pour sortir de ma torpeur pour attaquer le dernier droit, voilà que le jeune qui m’avait dépassé en montant me dépasse à nouveau ! Ah bin ciboire ! Là cette fois-ci, j’avoue qu’il m’a fait chier pas mal celui-là. 2 fois en haut le jeune sur mon ascension.


Fierté ascension Col Rocacorba
Si cela peut paraître un peu insensé de souffrir de la sorte pendant une demi-heure, voire une heure et plus à gravir un col, c’est dans la descente que tout prend son sens. Il y a quelques années, nous étions quelques copains ayant monté ensemble le Col de Sant Hilari, une douce montée de 23 kilos, mais qui bascule avec plus d’inclinaison de l’autre côté par GI-551 vers Sant Miguel. Si mes amis doivent parfois m’attendre un peu au sommet, étant le plus vieux de la gang, je me fais toujours un plaisir de les entrainer dans mon sillage en descente. Accompagné de la sorte, tu te dis que s’il t’arrive quelque chose, au moins tu auras du secours. C’est bête à dire, mais c’est comme cela. Un peu comme en ski alpin hors-piste. Préférable d’être plusieurs et de s’attendre en cas de chute ou accidents graves. Puis, il y aura au moins des témoins à ton service qui pourront dire que j’ai été heureux jusqu’au dernier moment.

L’hystérie était à son comble lorsque nous étions arrivés en bas. Une descente qui avait nécessité beaucoup de concentration. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, la moindre erreur peut être fatale. Des virages en épingle à tous les 200 M, juste assez long entre chaque pour n’avoir que le temps de relever son bicycle en sortie de virage pour le rebasculer de l’autre côté pour se lancer dans la prochaine courbe. WoW ! Et que dire des enchainements serrés de virages presque à 180 degrés qu’on prend de l’extérieur vers l’intérieur puisque du regard au travers la végétation, tu t’es assuré qu’aucune voiture ne monte. C’est lors de ces descentes que je peux voir jusqu’à quel point mes amis maitrisent leur vélo, adoptent la bonne position devrais-je plutôt dire, pour rebondir en sortie de virage ou pour demeurer stable en recherche de vitesse en ligne droite. Je dis toujours au gars de bien vérifier leur équipement avant ces journées épiques; pneumatique, freins, jeux de direction, quick release des roues, etc. 

Nos entrées et sorties de Gérone sont toujours un peu compliquées pour des Nord-Américains comme nous. Non pas qu’on perde notre chemin ou notre sens de l’orientation, mais pour se débrouiller au travers les nombreux carrefours giratoires que nous devons gérer. Nous commençons tout juste au Québec à construire ce type de carrefour. Je passe-tu, je ne passe-tu pas ? Ai-je le temps ou pas ? Quand dois-je me tasser ou pas de la voie ? Cela peut vous paraître simple pour vous européens, mais pour nous les habitués aux feux lumineux ou aux arrêts-stop, ce n’est pas évident. Une fois arrivé dans le vieux dans les zones de pavés, on roule lentement pour faire attention aux piétons, mais surtout pour se choisir notre terrasse de la journée pour prendre notre collation avec une bonne bière au soleil. Et ce n’est pas les places qui manquent. On a vraiment l’embarras du choix. Il y a bien sûr la Rambla et la Place de l’Indépendance où on en retrouve plusieurs, mais on aime bien fréquenter les cafés fréquentés par des cyclistes. Le plus populaire est sans doute la Fabrica, un petit café cycliste propriété d’un ancien coureur professionnel canadien de l’équipe Orica Greenedge. Il n’est pas évident de le trouver au fond d’une petite rue étroite au bas d’un escalier, mais cela en vaut vraiment la peine.
Rassemblement terrasse Eat Sleep Cycle

On y sert de la bonne bière, un excellent café et plein de repas santé. Le problème est qu’il ferme tôt, alors il nous arrive de fréquenter la terrasse ensoleillée de « Eat Sleep Cycle » qui, en plus d’être un resto-bar, est aussi une boutique de linge et d’accessoire cyclistes, et les proprios offrent des sorties de vélo avec guides autour de Gérone. La terrasse est bondée de cyclistes de toute l’Europe en voyage comme nous qui reviennent des 4 points cardinaux de la région.



On y restera souvent jusqu’à 17 h dépendamment de notre programme. Soit qu’on se concocte un petit souper en tête à tête Line et moi à l’appart les volets ouverts pour entendre les bruits de la ville ou qu’on y ressorte pour le souper vers les 20 h. De toute façon, les restos n’ouvrent pas avant cette heure. Les Espagnols finissent de travailler tard et ne soupent pas avant les 21 h. On revient à l’appartement vers les 11 hs. Fatigués de notre journée, c’est l’heure du dodo. Et voilà ! Demain, on recommence cette belle aventure vers d’autres vallées et montagnes. Les vraies vacances à l’européenne; routes parfaites, excellente nourriture, vino, relaxation, dépaysement culturel, langue, magnifique! Je vous le souhaite tous.
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(À suivre... dans une semaine)

Coach BOB la gazelle!
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Aussi un rouleur!

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Note de l'auteur

"J’aurais certainement souhaité écrire un livre en bonne et due forme et le vendre en librairie. Alors, si je vous ai fait sourire, distrait, passer du bon moment, pourquoi ne pas m’exprimer votre reconnaissance, si ce n'est pas déjà fait, par un don en appuyant sur le bouton « Faire un don » dans le menu en haut de la page à droite."